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Les influences culturelles françaises sur la culture polonaise de la fin du XIXe siècle

frPublié en ligne le 26 janvier 2014

Par Justyna Bajda

Résumé

L’article touche la problématique des influences culturelles primordiales sur la culture polonaise de la fin du XIXe siècle. La Belle Époque fut une période historique et culturelle importante pour toute l’Europe. Les progrès dans les diverses sphères de la vie : économique, technologique et industrielle, ont également influencé le développement de la culture et de la civilisation française. Afin de montrer l’emprise de la culture française sur les différents domaines de la vie en Pologne, nous proposons d’analyser ses empreintes dans les domaines de la littérature, de l’art et de la langue.

Extracto

Artykuł dotyczy zagadnień związanych ze znaczącym wpływem kultury francuskiej na kulturę polską pod koniec XIX wieku. La Belle Époque miała swój istotny wkład w rozwój cywilizacyjny i kulturowy Europy dzięki licznym osiągnięciom w różnych sferach życia. W tym okresie we Francji miały miejsce liczne nowatorskie realizacje techniczne, ekonomiczny sukces środowiska burżuazji, wzrost postępu cywilizacji, rozwój nauki. Spośród licznych dziedzin, w obrębie których można wskazać zasadniczy wpływ kultury francuskiej na polską w owym czasie, artykuł przybliża kilka zagadnień dotyczących literatury, sztuki oraz zapożyczeń z języka francuskiego w języku polskim.

Introduction

1La Belle Époque, une période historique et culturelle située entre la fin de la guerre franco-prussienne de 1870-1871 et la Première guerre mondiale, fut très importante pour toute l’Europe. Pendant presque cinq décennies de paix, les sociétés bourgeoises évoluent non seulement sur le plan économique et industriel mais aussi culturel. Les pays marquant un net progrès dans plusieurs sphères de la vie sont la France, mais aussi la Belgique, l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, l’Italie et le Royaume-Uni.

2Parallèlement, malgré une situation politique et économique difficile, la Pologne, oppressée depuis presqu’un siècle par les trois grandes puissances1, vivait à cette période un renouveau sur le plan culturel, artistique et littéraire. La deuxième moitié du XIXe siècle fut marqué par une forte influence du romantisme. Cependant, des artistes de la jeune génération, souhaitant oublier le passé, se retournèrent vers l’Europe de l’ouest ainsi que vers des nouvelles tendances littéraires et artistiques2. Ils souhaitaient établir des relations avec les centres culturels de l’époque et particulièrement avec Paris. Grâce au progrès technique, à la modernisation du pays et notamment à la mise en place des chemins de fer, les Polonais s’approchaient de plus en plus des pays européens. Le rapprochement culturel s’effectuait également par le biais de la presse qui effaçait avec aisance les frontières et apportait des nouvelles tendances aussi bien littéraires que culturelles. Le nouveau goût et les nouveaux critères esthétiques se manifestaient également dans le domaine de la mode en instaurant un style spécifique de l’époque.

3Afin de mieux illustrer l’emprise de la culture française sur la culture polonaise à la fin du XIXe siècle nous allons analyser quelques exemples appartenant aux trois principaux domaines culturels : la littérature, l’art et la langue.

1. La littérature

4En général, la littérature française, et surtout celle du XIXe siècle, fut particulièrement connue en Pologne dans les milieux aristocratiques, bourgeois et intellectuels. Le public littéraire polonais de l’époque connaissait les œuvres des réalistes et des naturalistes français comme celles d’Honoré de Balzac, de Victor Hugo, d’Henri Murget, de Guy de Maupassant, d’Emile Zola.

5Le traducteur le plus connu pour la littérature française fut Tadeusz Boy-Żeleński (1874-1941).

Tadeusz Boy-Żeleński, photo prise avant 1941 

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Tadeusz_Boy-Zelenski _ Polish writer.jpg

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6Tadeusz Boy-Żeleński fut médecin de profession mais, avant tout, il fut un grand admirateur et divulgateur de la culture française (en effet, il surnomma la petite ville de Cracovie « Paris du Nord »3). Żeleński fut également écrivain, poète satirique ainsi que critique littéraire et de théâtre (il deviendra par la suite le chroniqueur de l’époque4). En 1905, il crée le premier cabaret artistique « Zielony Balonik » (« Le ballonnet vert ») à Cracovie à l’instar du cabaret parisien « Le chat noir ». Mais Tadeusz Boy-Żeleński fut surtout le traducteur le plus productif de l’époque de la Jeune Pologne : il traduisit des centaines de romans et de drames français les plus célèbres. Il était particulièrement attiré par deux époques : le rationalisme français du XVIIIe siècle et le réalisme du XIXe siècle. Grâce à lui et à sa passion pour la littérature de ces deux périodes, la scène littéraire et culturelle polonaise fut enrichie par les œuvres issues de ces deux courants littéraires. Dans l’édition la « Bibliothèque de Boy », on trouve les œuvres les plus représentatifs de la littérature française parmi lesquelles se distinguent :

7- La Comédie humaine d’Honoré de Balzac ;

8- tous les drames de Molière, de Pierre de Marivaux, de Jean Baptiste Racine, de Pierre Corneille ainsi que les pièces d’Alfred de Musset ;

9- les romans de Gustave Flaubert (Madame Bovary, Salammbô), de Stendhal (Le Rouge et le Noir, La Chartreuse de Parme)d’Henri de Murget, de Marcel Proust (À la recherche du temps perdu) ;

10- la littérature de la Renaissance et des Lumières (François Villon, François Rabelais, Michel de Montaigne, Denis Diderot, Montesquieu)

11- les poètes du XIXe siècle : François-René de Chateaubriand, Théophile Gautier.

« Bibliothèque de Boy » : Alfred de Musset, Comédies ; La chanson de Roland

http://pl.wikisource.org/wiki/Pie%C5%9B%C5%84_o_Rolandzie

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12Le très riche opus du célèbre traducteur polonais Tadeusz Boy-Żeleński fut renforcé et accompagné par les travaux des autres connaisseurs et traducteurs polonais de la littérature française. Parmi eux, il faudrait particulièrement distinguer Wacław Rolicz-Lieder (1866-1912), Antoni Lange (1861-1929) et Zenon Przesmycki (1861-1944).

13Wacław Rolicz-Lieder fut un poète assez méconnu en Pologne à la fin du XIXe siècle. Il étudia à l’École des Langues Orientales à Paris et fut très proche de la France et de la culture française. Traducteur de Charles Baudelaire et de Théophile Gautier, Wacław Rolicz-Lieder fut également un grand connaisseur du symbolisme5.

14L’un des plus grands intellectuels polonais de l’époque, polyglotte (il connaissait quinze langues), Antoni Lange fut également écrivain, poète et dramaturge. Dès la publication duManifeste du symbolisme de Jean Moréas et Paul Adam dans « Le Figaro »en 18866, il s’engagea à divulguer la théorie du symbolisme français en Pologne.

15     

Stanisław Wyspiański, Portrait d’Antoni Lange, 1899, dessin en charbon sur papier,

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Antoni_Lange_1.jpg

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Zenon Przesmycki, photo prise avant 1905

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:ZenonPrzesmycki.jpg

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16Antoni Lange a vécu plusieurs années à Paris où il a fréquenté le milieu artistique de l’époque et a notamment rencontré Stéphane Mallarmé qui l’invitait souvent à ses célèbres « Mardis mallarméens ». C’est ainsi qu’à son retour en Pologne, Lange deviendra le pionnier et le diffuseur du décadentisme et du parnasse. Il traduisait beaucoup d’œuvres, entre autres des œuvres de Charles Baudelaire, d’Arthur Rimbaud, de Jean Moréas, de Gustave Flaubert, de Théodore Banville et de Leconte de Lisle. Grâce à son engagement intellectuel ainsi que celui des autres connaisseurs du mouvement symboliste, la poésie polonaise sera aussitôt exposée aux fortes influences de ce courent esthétique et poétique.

17Zenon Przesmycki s’est quant à lui consacré aux traductions de la poésie d’Arthur Rimbaud, de Stéphane Mallarmé et des drames de Maurice Maeterlinck. Il est également connu pour sa célèbre étude sur le symbolisme européen ; son livre fut publiée en Pologne en 18917 au moment où les idéaux symbolistes se répandaient par tout en Europe. Zenon Przesmycki fut également l’auteur de fameuse anthologie de la poésie française U poetów (Chez les poètes)éditée en19218.

18Pour conclure sur les emprunts et les influences esthétiques et poétiques que la littérature française avait exercées sur la littérature polonaise de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, il serait judicieux de se référer aux écrits du célèbre écrivain polonais Stefan Żeromski.

19En effet, en 1924 la revue littéraire polonaise les « Nouvelles Littéraires »questionne le grand écrivain sur la relation interculturelle franco-polonaise. En répandant à ces questions, Stefan Żeromski constate que depuis plusieurs siècles un intérêt particulier pour la France et la littérature française était présent sur la scène culturelle polonaise. Il considère qu’il ne s’agit pas des simples imitations transposées dans la littérature polonaise. Il faudrait plutôt parler, selon Żeromski, d’une sorte de soutien spirituel ; pour l’illustrer ce phénomène, Stefan Żeromski cite l’exemple des influences que les drames de Maurice Maeterlinck avaient exercés sur la création dramaturgique de Stanisław Wyspiański. Dans ce sens, on pourrait parler d’une mise en place d’un style littéraire « à la Maeterlinck » présent dans la littérature polonaise à la fin du XIXe siècle, un style qui représentait plutôt la création poétique originale et non pas une imitation.

20En citant plusieurs écrivains français qui ont contribué au rayonnement de la littérature française en Pologne, Żeromski constate que l’auteur préféré de l’aristocratie polonaise du XIXe siècle était Balzac. Les traductions de Boy-Żeleński confirment que le culte du romancier français fut toujours présent à la fin du siècle. C’est la raison pour laquelle Stefan Żeromski nomma ce phénomène comme le « balzakizm » (le balzacisme). Cette dénomination de Żeromski eut plus de succès que celle qui devrait transcrire le ravissement des Polonais pour la culture et la littérature française. Il trouva le terme de l’attachement à « l’esprit français », terme qui se montrait à la fois trop vaste et trop complexe pour préciser ce phénomène culturel.

21Stefan Żeromski, en concluant son entretien pour la revue littéraire polonaise, constate la vivacité continue de l’emprise de la culture française sur la création littéraire en Pologne. Cependant, il ajoute que la production artistique et littéraire polonaise au début du XXe siècle est en train de créer son propre chemin « vierge, inconnu et tout neuf »9.

2. Les magazines

22Dans la popularisation de la culture française en Pologne au cours du XIXe siècle, il faudrait également mentionner le rôle qu’exerçaient aussi bien les revues littéraires et artistiques que les magazines et les journaux. Afin d’illustrer l’importance du périodique national et international de cette époque, nous allons comparer quelques magazines hebdomadaires anglais, français et polonais.

23Le premier hebdomadaire illustré au monde « The Illustrated London News » fondé en 1842 à Londres fut très rapidement populaire grâce à ses sujets variés et aux gravures sur bois10.

24Un an plus tard, en 1843, inspirés de l’exemple anglais, quelques journalistes et éditeurs créent à Paris l’hebdomadaire « L’Illustration » (1843-1944). La revue connaîtra un grand succès au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle en attirant les meilleurs dessinateurs de l’époque, comme Henri Valentin, Édouard Renard, Paul Gavarni et bien d’autres ; de même, elle contribua au développement de la qualité des gravures sur bois et à leur vivacité. En 1891, « L’Illustration » devint le premier magazine en France à publier une photographie en noir et blanc et en 1907, une photographie en couleurs11.

The Illustrated London News 1889 : http://commons.wikimedia.org/wiki/File: Nasser-ed-Din_Shah%27s_last_visit_to_Britain_-_1.jpg

L’Illustration 1885 :

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Jules_Massenet_-_Le_Cid_ 4e_Acte _-_L%27Illustration_-_original.jpg

les deux illustrations mises à disposition publique selon les règles de partage Creative Commons (PD Old)

25Comme son homologue de Londres, « L’Illustration » fut le magazine traitant tous les sujets d’actualité : il touchait aussi bien le domaine politique, économique, social, scientifique que le domaine artistique, littéraire ou même sportif. Le riche support illustratif présent dans chaque numéro constituait une réelle spécificité du journal.

26Suivant les deux exemples européens, la revue polonaise « Tygodnik Ilustrowany » (« L’Hebdomadaire Illustré ») fut créée et éditée à Varsovie entre 1859-1939.

27A l’instar du modèle français, l’hebdomadaire polonais contenait non seulement les mêmes rubriques, mais on y distinguait aussi des ressemblances au niveau des sujets traités, de la typographie ou bien de la présentation des petites annonces. Egalement, le signe distinctif du journal polonais fut le même que pour la revue française : les gravures sur bois furent d’une excellente qualité12.

Tygodnik Ilustrowany 1862, la vignette:

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Tygodnik_Ilustrowany.jpg

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28Sur le plan culturel, le rôle de la revue polonaise « Tygodnik Ilustrowany » (« L’Hebdomadaire Illustré ») fut considérable. Elle exerçait une influence aussi bien sur le goût littéraire que sur la mode. Cet hebdomadaire rendait également populaire la littérature et l’art européen et surtout ceux en provenance de France. Mais ce qui est particulièrement important, c’est que le « Tygodnik Ilustrowany » (« L’Hebdomadaire Illustré ») apportait des informations sur les nouveautés artistiques et littéraires françaises et européennes. Avec le temps, il est devenu une revue de référence pour le monde artistique.

3. Les Beaux-arts

29A l’époque de l’avant-garde, plusieurs peintres polonais s’inspiraient de l’art français. Au cours de leurs voyages en Europe, ils visitaient la France et sa capitale. Tandis que certains artistes polonais venaient à Paris pour faire leurs études aux Beaux-arts, les autres s’installaient pour y vivre et travailler. Grâce à ces séjours en France, les artistes polonais ont eu l’occasion de rencontrer Paul Gauguin, Claude Monet et tant d’autres peintres français.

30Parmi les artistes polonais qui furent particulièrement liés à la culture française de la fin du XIXe siècle, il faudrait distinguer Władysław Podkowiński (1866-1895) et Józef Pankiewicz (1866-1940). Les deux furent diplômés des Beaux-Arts à Saint-Petersbourg et considérés comme des impressionnistes polonais.

31Après avoir fini leurs études, en 1890, Władysław Podkowiński et Józef Pankiewicz partent en France. Lors de leur séjour à Paris, ils se rapprochèrent du mouvement impressionniste. C’est ainsi que Władysław Podkowiński et Józef Pankiewicz participèrent à l’Exposition Universelle de 1889. Les artistes polonais visitèrent également la rétrospective d’Edouard Manet où ils admirèrent le célèbre tableau Olympia et Déjeuner sur l’herbe ; ils découvrirent aussi les tableaux de Paul Cézanne, Claude Monet, Paul Gauguin et Émile Bernard.

32Le séjour à Paris des deux artistes polonais fut raccourci notamment à cause de difficultés financières. Cependant, à leur retour en Pologne, Podkowiński et Pankiewicz réalisèrent leurs premières toiles impressionnistes. L’influence de ce courant artistique sur leurs travaux fut incontestable. Parallèlement, les premières critiques relatives à leurs peintures montrent une certaine résistance pour le goût de l’avant-garde semblable à celle qui touchait les artistes parisiens vingt ans plutôt.

33De nos jours, les toiles des deux artistes polonais en question sont vus comme les œuvres phares de la peinture impressionniste en Pologne ; pour illustrer le talent artistique de ces deux auteurs, on peut citer des exemples de tableaux tels que Władysław Podkowiński : Łubin w słońcu (Lupin au soleil), W ogrodzie (Dans le Jardin) ou bien Sad w Chrzęsnem (Le jardin à Chrzesne).

34Pourtant, il est intéressant de noter que Podkowiński quitta brusquement les perspectives impressionnistes. Il restera dans les mémoires de la plupart des Polonais, comme un peintre symboliste grâce à son tableau qui fut le seul peint dans le style symboliste et présenté en 1894 à Varsovie : Szał uniesień (La Folie).

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Władysław Podkowiński, Dans le jardin (W ogrodzie), 1892, huile sur toile, 82,5 x 118,5, Musée de Silesie, Katowice

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Podkowinski_W_ogrodzie_1892.jpg

Władysław Podkowiński, La Folie (Szał), 1894, huile sur toile, 310 x 275 cm, Musée National, Cracovie

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36En revanche, Józef Pankiewicz travailla dans une perspective impressionniste beaucoup plus longtemps. Son style était caractérisé par un travail spécifique avec la lumière. Parmi ses toiles les plus célèbres, il faut distinguer les tableaux Wóz z sianem (La Charrette de foins) et Lato (L’Été).

Józef Pankiewicz, Charrette de foins (Wóz z sianem), 1890, huile sur toile, 50,5 x 69 cm, Musée Natonial, Cracovie

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/cc/Pankiewicz_Woz_z_sianem_1890.jpg

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37A la différence de Władysław Podkowiński, Józef Pankiewicz s’installera de nouveau à Paris. Le mode de vie, les artistes, les courants artistiques et la peinture dans la capitale française avaient déjà changés. L’artiste polonais décida de revoir son style de peinture ; en effet, à cette période de son travail, il fut ébloui par la création artistique de Paul Cézanne. Cette influence est clairement palpable et visible sur son œuvre intitulé Martwa natura z owocami i nożem (Lanature morte aux fruits et un couteau).

Józef Pankiewicz, Nature morte aux fruits et couteau (Martwa natura z owocami i nożem), 1909, huile sur toile, 52 x 65,5 cm, Musée National, Cracovie

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Pankiewicz-Martwa_natura_z_owocami_i_no%C5%BCem_1909.jpg

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38Parmi les intellectuels de l’époque, il ne faut pas oublier de mentionner Stanisław Wyspiański13 (1869-1907), l’homme à plusieurs talents : il fut dramaturge, poète, peintre. Entre 1891-1894, Wyspiański, avec son collègue Józef Mehoffer, séjournèrent à Paris. La période parisienne fut particulièrement enrichissante pour Wyspiański : dès son retour en Pologne, inspiré par l’art et les courants artistiques observés et rencontrés dans la capitale française, il réalisa plusieurs œuvres aussi bien dans le domaine de la peinture que littéraire et dramaturgique.

39A la différence de Wyspiański, le peintre Józef Mehoffer lors de son séjour à Paris fut particulièrement attiré par l’art japonais. Il a également apprécié des œuvres de Puvis de Chavannes. Cependant, son intérêt pour la polychromie et surtout pour « l’art du verre » marquera son avenir artistique. En 1895, Józef Mehoffer obtint le premier prix pour sa réalisation des vitraux pour la collégiale de Saint Nicolas à Fribourg en Suisse14.

Józef Mehoffer, le vitral Alegorie de l’Épargne (Alegoria Oszczędności),

réalisation 1933, Cracovie

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Allegory_of_Saving,_Jozef_Mehoffer_1933,Stained_glass_window_,KOMK_Bank_,15_Szpitalna_str,Old_Town,_Krakow,_Poland.JPG

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40Avant de conclure la partie consacrée aux influences artistiques françaises présentes dans l’art polonais, il convient de mentionner Olga Boznańska15 qui fit ses études aussi bien à Cracovie qu’à Munich. Mais en 1898, elle décida de s’installer à Paris.

41Parmi ses œuvres les plus connues il faut citer la toile Autoportret z japońską parasolką (L’Autoportrait sous le parasol japonais, 1892) qui fut inspirée par l’art japonais, très à la mode à la fin du XIXe siècle ; également, son tableau Dziewczynka z chryzantemami (La Petite fille aux chrysanthèmes, 1894) fut célèbre pour son ambiance rappelant les poèmes de Maurice Maeterlinck

42Boznańska resta en France jusqu’à la fin de sa vie ; elle devint une portraitiste connue à Paris. Pendant plusieurs décennies, notamment jusqu’à la Seconde guerre mondiale, elle naviguait entre les deux pays, les deux cultures et les deux mentalités, elle tissait son style spécifique imprégné d’influences culturelles aussi bien françaises que polonaises.

Olga Boznańska, Petite fille avec les chrysanthèmes, 1894, hu ile sur toile, 88,5 x 69 cm, Musée National, Cracovie

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Bozna%C5%84ska_Girl_with_chrysanthemums.jpg

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4. La langue

43Sur le plan linguistique, il existe de nombreux exemples qui illustrent toute la richesse des relations interculturelles franco-polonaises : les expressions françaises empruntées par les Polonais au XIXe siècle furent aussitôt intégrées dans la langue polonaise. Le verbe français « fixer  » qui au départ était utilisé dans le milieu aristocratique, bourgeois ou intellectuel pour exprimer l’envie de donner ou fixer un rendez-vous, devint avec le temps très familier. Il s’employa dans toutes les situations et avec une simplicité absolue. Pour l’illustrer cela, nous allons citer un exemple de son utilisation :

44Qu’est ce qu’on fait ce soir ? On fixe ? [Fiksujemy ?]

45Oui, comme chaque jeudi : on fixe !16

46Pour les Polonais de nos jours, le dialogue cité apparaitra sans doute comme incompréhensible. En effet, une des raisons explicatives de ce fait est que la signification du verbe d’origine française « fiksować » a changé de signification en polonais. A cette confusion s’ajoute l’aspect du verbe en langues polonaise : le verbe imperfectif « fiksować » possède également deux formes perfectives dont les significations sont complètement différentes. La première forme perfective « zafiksować », employée rarement, correspond au verbe français « fixer » ; la seconde forme perfective « sfiksować » signifie en polonais « devenir fou ». Cependant, dans les dictionnaires de la langue polonaise, la forme « fiksować » est en premier lieu traduit comme « devenir fou » ; la deuxième signification, traduite en second lieu, correspond plus à la signification originaire française : « fixer par exemple la date d’un départ »17.

47Parmi les expressions les plus utilisées par l’aristocratie ou les intellectuels polonais du XIXe siècle, il faut également citer les suivantes : « être au courant », « donner, avoir une carte blanche», « se situer en facede », « faire un faux pas », « par excellent », « savoir vivre ».

48L’héritage linguistique français est toujours présent dans la langue polonaise. Les Polonais d’aujourd’hui utilisent beaucoup de verbes et de substantifs français sans connaître leurs origines. Il s’agit des mots introduits au cours du XIXe siècle, adaptés à la langue polonaise du point de vue orthographique et phonique : « apartament » (l’appartement), « awans » (l’avance), « afisz » (l’affiche), « amunicja » (les munitions), « bagaż » (le bagage), « bandaż » (le bandage), « bilet » (le billet), « biuletyn » (le bulletin), « biuro » (le bureau), « biżuteria » (la bijouterie), « bukiet » (le bouquet), « depesza » (la dépêche), « felieton » (le feuilleton), « garderoba » (la garde-robe), « inżynier » (l’ingénieur), « krem » (la crème), « loteria » (la loterie), « maniera » (la manière), « sos » (la sauce), « waza » (le vase) et beaucoup d’autres.

49On peut également constater que les influences linguistiques et culturelles françaises ont diminué depuis la Seconde guerre mondiale en faveur des empreintes culturelles anglaises. Cependant la culture et la langue française restent présentes en Pologne dans les différents domaines de la vie et de l’art.

5. Conclusion

50L’influence de la culture française sur la culture polonaise à la fin du XIXe siècle fut plus que considérable. Son vaste impact couvrant diverses sphères de la vie et de la culture fut le résultat non seulement de la prédominance de la France au niveau de l’Europe mais aussi le fruit des relations interculturelles traditionnelles entre les deux pays. Cette alliance spirituelle se refléta dans plusieurs domaines d’activités culturelles comme : le théâtre, la photographie, le film, la mode, l’architecture, la cuisine, mais aussi la science, la politique.

Bibliographie

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Hibbert, Christopher, The Illustrated London News’ Social History of Victorian Britain, Michigan, éd. Angus&Robertson, 1975.

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Marchandiau, Jean-Noël, L’Illustration. Vie et mort d’un journal (1834-1944), Toulouse, éd. Éditions Privat, 1987.

Morawińska, Agnieszka (dir.), Symbolizm w malarstwie polskim 1890-1914 [Le Symbolisme dans la peinture polonaise 1890-1914], Warszawa, éd. Arkady, 1997.

Podraza-Kwiatkowska, Maria, Wacław Rolicz-Lieder, Warszawa, éd. PIW, 1966.

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Żeleński-Boy, Tadeusz, O Krakowie [Sur Cracovie], dir. Henryk Markiewicz, éd. Wydawnictwo Literackie, Kraków, 1968.

Żeromski, Stefan, « O wpływie literackim Francyi na Polskę » (odpowiedź na ankietę pisma Les Nouvelles Littéraires, 1924), [L’influence littéraire française sur la littérature polonaise, la réponse à l’enquête de la revue Les Nouvelles, 1924], in Elegie i inne pisma literackie i społeczne [Les élégies et les autres écrits littéraires et sociales), dir. Wacław Borowy, éd. Wydawnictwo J. Mortkowicza, Warszawa–Kraków, 1928, s. 149-153.

Notes

1  Il vaut mieux citer un livre historique parlant de cette époque

2 Pour plus de détails sur ce sujet, consulter l’article : L’image de la femme fatale dans la poésie et la peinture de la Jeune Pologne en regard des créations artistiques européennes, « Slavica bruxellensia » 2013, n° 9, en ligne : http://slavica.revues.org

3  Tadeusz Boy-Żeleński, Prawy brzeg Wisły [Le côté droit de la Vistule], in idem, O Krakowie [Sur Cracovie], dir. Henryk Markiewicz, éd. Wydawnictwo Literackie, Cracovie 1968, pp. 3-11.

4  À l’époque entre-deux-guerres, Żeleński a écrit plusieurs feuilletons sur la culture et les coutumes de la Jeune Pologne, réunis, entre autres, dans le livre O Krakowie, op. cit.

5  Voir : Maria Podraza-Kwiatkowska, Wacław Rolicz-Lieder, Warszawa, éd. PIW, 1966 ; idem, « Słowo najświętszym jest człowieka czynem ». O poezji Wacława Rolicza-Liedera [« Le mot est une action la plus sainte d’un homme ». De la poésie de Wacław Rolicz-Lieder], in Wacław Rolicz-Lieder, Poezje wybrane (Poésies choisies), Cracovie, éd. Wydawnictwo Literackie, 2004, pp. 5-49.

6  Le Figaro 1886, le 18 septembre ; supplément littéraire, pp. 1-2.

7  Zenon Przesmycki, Maurycy Maeterlinck i jego stanowisko we współczesnej poezji belgijskiej [Maurice Maeterlinck et sa place dans la poésie belge contemporaine], in « Świat » (« Le monde »), Kraków 1891.

8  Zenon Przesmycki, U poetów. Przekłady z poezji francuskiej, belgijskiej i włoskiej XIX wieku [Chez les poètes. Les traductions de la poésie française, belge et italienne du XIXe siècle], Varsovie, éd. Wydawnictwo J. Mortkowicza, 1921.

9  Stefan Żeromski, O wpływie literackim Francyi na Polskę, op. cit., p. 153.

10  La revue : http://www.iln.org.uk/ ; Voir aussi : Christopher Hibbert, The Illustrated London News’ Social History of Victorian Britain, Michigan, éd. Angus & Robertson, 1975.

11  Les données d’après le site officiel de la revue : http://www.lillustration.com/ À consulter également : Jean-Noël Marchandiau, « L’Illustration ». Vie et mort d’un journal (1834-1944), Toulouse, éd. Éditions Privat, 1987.

12  Cecylia Gajkowska, « Tygodnik Ilustrowany » [Hebdomadaire Illustré], in Józef Bachórz, Alina Kowalczykowa, Słownik literatury polskiej XIX wieku [Dictionnaire de la littérature polonaise du XIXe siècle], Wrocław, éd. Wydawnictwo Zakładu Narodowego im. Ossolinskich, 2002, pp. 963-965.

13  Pour plus de détails sur la biographie de Stanisław Wyspiański, voir : « Les traits communs dans des œuvres de Stanisław Wyspiański et d’Eugène Grasset, in  a Revue du CEES.

14  Sur les vitraux de la collégiale de Saint Nicolas à Fribour en Suisse, à consulter : Tadeusz Adamowicz, Witraże fryburskie Józefa Mehoffera [Les vitraux de Fribourg de Józef Mehoffer], Wrocław 1982, éd. Ossolineum.

15  Pour plus d’information sur l’œuvre de Boznańska, voir : Elżbieta Charazińska, Agnieszka Morawińska, Olga Boznańska. Dziewczynka z chryzantemami, in Symbolizm w malarstwie polskim 1890-1914 (Le Symbolisme dans la peinture polonaise 1890-1914), dir. Agnieszka Morawińska, Varsovie, éd. Arkady, 1997, p. 22.

16  Tadeusz Boy-Żeleński écrivit de nombreuses anecdotes sur la « culture de la parole » et le « bon ton » des Polonais à la fin du XIXe siècle, voir : idem, Dobry ton (Le bon ton) ; Farsa a obyczaj (La Farce et le coutume), [in :] idem, O Krakowie(Sur Cracovie), dir. Henryk Markiewicz, éd. Wydawnictwo Literackie, Cracovie 1968, pp. 221-226, 254-256.

17  Pour plus d’informations voir : Słownik języka polskiego (Dictionnaire de la langue polonaise), dir. Mieczysław Szymczask, éd. PWN, Varsovie 1978 ; Słownik współczesnego języka polskiego (Dictionnaire de la langue polonaise contemporaine), dir. Anna Sikorska-Michalak, Olga Wojniłło, éd. Wilga, Varsovie 1996 ; Słownik języka polskiego (Dictionnaire de la langue polonaise), dir. Mirosław Bańko, éd. PWN, Varsovie 2007.

Pour citer cet article

Justyna Bajda (2014). "Les influences culturelles françaises sur la culture polonaise de la fin du XIXe siècle". Revue du Centre Européen d'Etudes Slaves - Rayonnement culturel français dans les pays de l’Europe centrale et orientale | Numéro 3 | La revue.

[En ligne] Publié en ligne le 26 janvier 2014.

URL : http://etudesslaves.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=619

Consulté le 24/09/2017.

A propos des auteurs

Justyna Bajda

Justyna Bajda est maître de conférences au Département de Philologie Polonaise à l’Université de Wrocław (Pologne). Elle est spécialiste du XIXe siècle dans les domaines de l’art, de la culture et de la littérature en Pologne et en Europe. Livres publiés : Na przełomie wieków..., [A la charnière des deux siècles...], Wrocław 2002, 48 p.; La Jeune Pologne (2003); Poezja a sztuki piękne. O świadomości estetycznej i wyobraźni poetyckiej Kazimierza Przerwy-Tetmajera, [La poésie et les beaux arts. Autour de la conscience esthétique et l’imagination poétique de Kazimierz Przerwa-Tetmajer], Warszawa 2003, 304 p. ; Poeci – to są słów malarze... Typy relacji między słowem a obrazem w książkach poetyckich okresu Młodej Polski, [Les poètes sont les peintres des mots... Les types des rapports entre le mot et l’image dans les livres de poésie de l’époque de la Jeune Pologne], Wrocław 2010,474 p. ; Elle est également l’auteur d’une anthologie de la poésie polonaise de la deuxième moitié du XIXe siècle (2007) ainsi que de plusieurs articles consacrés aux rapports intersémiotiques entre la poésie et les beaux arts.

Articles du même auteur :

Numéro 3 - La réception de la langue et de la culture françaises dans les pays de l'Europe de l'Est

Le troisième numéro de la Revue du Centre Européen d’Études Slaves contient les contributions issues de deux journées d’études organisées en 2012 et 2013 par le CEES à l’Université de Poitiers. La première journée d’études fut consacrée aux Itinéraires linguistiques, littéraires et culturels slaves  tandis que la seconde, soutenue par l’AUF, fut dédiée à La réception de la langue et de la culture françaises dans les pays de l’Europe de l’Est.



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