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Les représentations culturelles byzantines et les identités slaves

frPublié en ligne le 19 avril 2012

Par Boris Stojkovski

Résumé

Pendant toute la période de son existence, l’Empire Byzantin influença la création des identités culturelles des peuples slaves, particulièrement l’identité culturelle des Slaves du Sud. Grâce au travail des deux apôtres Cyrille et Méthode et aux démarches aussi bien politiques que religieuses du patriarche Photius, l’espace peuplé par les Slaves sera intégré dans un soi-disant Commonwealth byzantin. Le rôle de ce Commonwealth fut depromouvoir une forte alliance culturelle et spirituelle entre les différents états de la sphère byzantine. On peut considérer qua l’influence qu’exerçait l’Église byzantine sur le monde slave fut la plus importante dans la transmission des modèles culturels byzantins. Les missionnaires de l’Empire romain d’Orient ont évangélisé la plupart des Slaves se situant entre la Dalmatie et le Caucase ainsi qu’entre la Moravie et la Macédoine. Le but de notre travail, est de donner un bref aperçu des représentations culturelles byzantines qui ont profondément marqué l’identité culturelle slave.

Za svo vreme svog postojanja Vizantijsko carstvo je aktivno učestvovalo u formiranju kulturnog identiteta slovenskih naroda, posebno Južnih Slovena. Zahvaljujući radu misionara Ćirila i Metodija kao i političko-religijskom delovanju patrijarha Fotijusa, prostori naseljeni Slovenima će biti integrisanni u tzv. Vizantijski komonvelt. Uloga ovog političko-kulturnog saveza je bila da učvrsti duhovne i kulturne veze unutar država vizantijskog prostora. Misionari Istočnog rimskog carstva su hrišćanizovali većinu slovenskih naroda na područjima izmedju Dalmacije i Kavkaza kao i izmedju Moravske i Makedonije. Zadatak našeg rada je da načini kratak pregled kulturnih vizantijskih predstava koje su posebno obeležile kulturni identitet Slovena.

1. Commonwealth byzantin

1Selon Georges Ostrogorski, l’un des plus grands historiens de l’État byzantin, l’organisation et le droit romain, d’un côté, la culture grecque ancienne et la religion chrétienne, de l’autre, furent à la base de l’Empire byzantin1. Pendant toute la période de son existence millénaire, l’Empire Byzantin ou l’Empire Romain d’Orient exerça une influence décisive sur la formation des identités des peuples slaves, particulièrement sur l’identité des Slaves du Sud. Les trois caractéristiques fondamentales, soulignées par Ostrogorski, furent également cruciales pour instaurer la domination culturelle au sein des peuples slaves, même après la chute de Constantinople aux mains des Turcs en 1453. Cette année-là l’État byzantin disparut, mais sa culture et sa religion perdurèrent jusqu’à nos jours en faisant partie intégrante des identités slaves modernes.

2Le but de notre travail est de présenter brièvement l’influence de la culture byzantine à travers ses représentations culturelles devenues les principales caractéristiques des identités slaves.

3Les Slaves faisaient partie du soi-disant Commonwealth byzantin2. Au sommet de cette alliance politique et culturelle se trouvait l’empereur chrétien byzantin, le maître supérieur de l’univers chrétien (en grec οικύμενα, le mot slave васељена), qui, avec l’Église et son guide spirituel - le patriarche, régnait sur le monde chrétien. La Pax Romana, dans l’Empire Romain d’Orient fut l’équivalent à la Pax Christiana. Au bas Moyen Âge, la symbiose de l’État et de l’Église fut particulièrement présente : elle se reflétait dans leur mission commune qui consistait à établir un pouvoir universel. Le devoir de l’empereur était d’assurer l’autorité politique et diplomatique, tandis que le rôle de l’Église consistait à veiller à l’organisation des baptêmes des gens non baptisés. L’évangélisation des païens permettait leur intégration au monde chrétien, mais aussi au monde spirituel et culturel byzantin qui servait de modèle pour la création de leurs nouvelles identités3.

4Les facteurs déterminants qui contribuèrent à la diffusion de l’influence byzantine étaient aussi bien politiques que naturels. Fernand Braudel et les anthropologues de la culture appellent cette diffusion acculturation4.Cependant la diffusion culturelle et le procès d’acculturation ne furent jamais menés complètement. Les sociétés slaves (ainsi que d’autres sociétés concernées est-européennes) n’acceptèrent pas la culture byzantine dans sa totalité; en effet, ells préservaient leurs identités d’origine en les accommodant avec les nouveaux éléments culturels et religieux. La mixité ethnique en Bulgarie et en Russie a sans doute joué un rôle important pendant l’évangélisation de ces deux peuples. Par ailleurs, les villes périphériques de l’empire byzantin furent des endroits de contact entre la religion, l’art et la littérature byzantins et la population autochtone. Les Bulgares, par exemple, un peuple d’origine turque, et la population autochtone slave de Bulgarie se côtoyaient aux bords de la Mer noire, tandis que les Russes, avec leur élite viking, habitaient près des villes grecques de Crimée. Pendant le Moyen Âge, et particulièrement du IXe au XIe siècle, Constantinople fut un vrai phare culturel et politique pour les pays slaves. Les facteurs géographiques et économiques favorisaient également la diffusion culturelle byzantine; les voyages économiques le long des grands fleuves, comme par exemple leVardar et le Dniepr,  stimulaient particulièrement la propagation des influences5.

5Cependant, l’impact de la culture byzantine et des ses modèles culturels sur les identités des peuples slaves fut souvent source de conflits. Les insurrections survenues après les baptêmes effectués à l’époque de Boris, khan des Bulgares, et de Vladimir de Russie sont connues du grand public. Ces révoltes n’ont pas abouti et les pays slaves de la Moravie et de la Pologne à la Russie, entrèrent dans l’alliance culturelle avec l’Empire Byzantin devenu leur guide spirituel.

2. Représentations juridiques byzantines

6Le droit byzantin fut incorporé à l'organisation administrative des pays slaves, particulièrement dans les pays des Slaves du Sud et en Russie. Cela fait partie d’un phénomène généralisé qui s’est produit en Europe à l’époque, lorsque le droit romain intègre le corpus juridique et marque la formation du codex des pays/peuples de l’Atlantique au Caucase. Suite au baptême des peuples russes et bulgares, on constate leur forte résistance aux pressions politiques de l’empire byzantin; ils réussissent à garder leurs anciens systèmes de droit et en 865, le khan bulgare Boris fut accusé par sa communauté d’avoir proclamé une mauvaise loi i.e. une loi chrétienne, en opposition avec le codex juridique habituel6.

7Concernant le droit ecclésiastique de l’époque, il faut mentionner le chef d'œuvre du droit canonique médiéval – le Nomocanon de Saint Sava, premier archevêque serbe. Lors de sa consécration en tant qu’archevêque à Nicée, vers 1219, Saint Sava traduit le Nomocanon de Photius. La première traduction de cette œuvre juridique byzantine fut celle de Saint Méthode, utilisée chez les Bulgares et lesRusses jusqu'au XIIIe siècle. Ce qui est particulièrement significatif concernant la traduction du Nomocanon de Saint Sava, c’est qu’il devient non seulement la base du droit ecclésiastique slave pendant le Moyen Âge, mais aussi pendant toute la période de l’emprise ottomane dans les Balkans. La version du Nomocanon du premier archevêque serbe contient des éléments des œuvres des canonistes byzantins, ainsi que les lois des empereurs. Saint Sava intègre dans son codex juridique des fragments de l’Ecloge de l’empereur Léo III datant de 726 mais aussi les commentaires sur les canonnes de Jean Zonaras, d’Aristin. Cependant, il n’inclut pas dans ce corpus juridique certaines parties de l’Ecloge et de l’Epanagogue qui fut publié par l’empereur byzantin Basil Ier entre 879-886 où furent exprimées des tendances césaro-papistes. 7La législation serbe médiévale atteindra son sommet à l’époque de l’empereur serbe Stefan Dušan qui proclamera son célèbre Code en 1349 à Skoplje. Pourtant, le Code du tzar Stefan Dušan ne fut pas indemne des influences byzantines; on y trouve même des empreintes du droit byzantin. Mis à part les éléments du Code de Justinien qui furent intégrés dans la législation serbe, les fragments du Syntagme (écrit en 1355 en langue grecque) de Matias Blastar, le moine de Thessalonique y furent également incorporés. En effet, le Code de l'empereur Stefan Dušan a constitué une synthèse du droit byzantin et de la compilation des lois byzantines et serbes. Malgré une influence byzantine évidente dans la législation serbe médiévale (parfois lescanonistes et les auteurs des manuscrits médiévaux traduisaient à la lettre la terminologie juridique byzantine8), le codex juridique serbe a conservé toute son importance politique et historique9.

8On constate la même emprise législative byzantine chez les autres peuples slaves : sur le territoire bulgare entre 1018 et 1185, les lois de l’Empire byzantin y furent également appliquées. L’Ecloge, l’une des plus anciennes lois, fut traduite au Xe siècle en bulgare. En effet, cette traduction tentait d’exprimer la volonté d’adapter le corpus législatif byzantin aux conditions juridiques des jeunes sociétés slaves. Une deuxième traduction de l’Ecloge est encore plus intéressante : connue sous le nom Законсудњихљудем, cette traduction n’était pas en bulgare; on suppose qu’elle a été faite par l’apôtre grec Constantin Cyrille. A part les 19 articles provenant de l’Ecloge, on constate une forte influence juridique franque. Pour cette raison, les historiens pensent que cette traduction fut créée à la principauté de Grande Moravie10.

9A l’époque de Constantin Cyrille, l’application du droit byzantin fut plus présente en Moravie que chez les Russes. La première loi russe inspirée par la législation byzantine se trouve dans le Statut ecclésiastique de St. Vladimir. Les lois qui précédaient le Statut ecclésiastique ainsi que celles qui étaient appliquées à l’époque du haut Moyen Âge représentaient en effet les codes du droit habituel ou bien les lois influencées par les autres législations11.

10A travers les exemples cités qui montrent la naissance des différentes législations slaves médiévales, il est possible de voir l’importance du modèle juridique byzantin qui, laissant son empreinte civilisatrice, participe activement à la formation des représentations juridiques et culturelles dans les jeunes sociétés slaves.

3. Les représentations artistiques et culturelles byzantines

11Dans le domaine de la peinture slave et balkanique médiévale on trouve également les traces de l’art iconographique byzantin. La Serbie et la Bulgarie, les deux pays des Balkans au rite orthodoxe, possèdent des monuments culturels qui, avec ceux de Constantinople, de Thessalonique et de Mistra témoignent de toute la beauté et la spécificité de la peinture byzantine de l’époque des Paléologues12.Constantinople, encore une fois, servait de guide spirituel : en Serbie, en Bulgarie et en Russie florissaient des écoles d’art et de la peinture. Toujours inspirées par le canon artistique byzantin, ces écoles nationales de peinture possédaient également leurs particularités. En effet, l’Église byzantine13 se trouvait à l’origine de la diffusion de l’art byzantin dans les pays slaves récemment évangélisés. En apportant leur nouvelle religion et leur culture, les missionnaires chrétiens espéraient assimiler les anciens modèles culturels slaves à la tradition byzantine. Concrètement, l’influence constantinopolitaine sur l’art et sur la peinture slave commença à l’époque du patriarche Photius; c’est également le moment où l’art byzantin trouva son propre style classique, l’Église son fleurissement et l’empire sa force sous le règne des Macédoines14.

12Au fil du temps et en se servant des moments de faiblesse de l’empire, les artistes d’origine slave vont développer les écoles nationales de peinture. En restant fidèles aux empreintes spirituelle et culturelle de la mère Byzance, ils vont créer leurs styles originaux qui, à leur tour, vont influencer la peinture de Constantinople. Le croisement des styles et des influences mutuelles illustre amplement toute la complexité de l’art qui fut développé à l’époque de l’Empire byzantin15.De l’autre côté, la peinture religieuse créée par les peuples slaves fut entièrement intégrée dans le canon et la tradition byzantins des fresques en devenant ainsi un élément constitutif et inséparable de l'héritage culturel byzantin.

13C’est ainsi que les monastères serbes ornés de fresques d’une beauté exceptionnelle témoignent de ce syncrétisme culturel typique pour la région : le roi serbe Milutin (1282-1321) invita les maîtres grecs, les frères Astrapas, à réaliser les décorations monastiques, mais quelques siècles plus tard, plus précisément entre le XIVe et le XVIe siècle, on constate la présence de la tradition grecque dans la peinture des fresques sur un vaste territoire comprenant les pays serbes de la Macédoine jusqu’à la Hongrie du sud. On peut dire qu’un style artistique commun fut développé et il pourrait être reconnaissable non seulement à travers les fresques serbes de différentes périodes (citons les monastères Gračanica, fondés entre1318-1321ou bien ceux de Manasija et Kalenić, les deux bâtis pendant le règne du despote Stefan Lazarević au milieu du XVe siècle), mais aussi dans les monastères grecs de Mistra (créé en 1428) et de Crète (construit vers la fin de XIVe et le début du XVe siècle). Au XVIe siècle l’influence interculturelle se manifesta dans un large périple englobant les monastères du Mont Athos, de la Moldavie, de la Valachie, de la Serbie (notamment les monastères serbes à Fruška Gora), mais également le monastère de la Vierge à Jasunja près d’Ohrid, fondé par les Cantacuzènes. Les peintres de cette époque furent donc sous la forte emprise de l’art grec16.Selon Gordana Babić-Đorđević, historienne des arts, l’art serbe du haut Moyen Âge représentait le classicisme de la période des Paléologues17. Même sous la tutelle turque en Bulgarie, on constate jusqu'au XVIIe siècle la présence des idéaux artistiques d’origine byzantine dans l’art bulgare. À Tirnovo, à Arbanassi et dans les autres monastères, l’art post-byzantin fut toujours imprégné de l’héritage grec. Cela pourrait s’expliquer par le fait que l’architecture et la peinture sacrales bulgares, depuis ses origines, furent marquées par la tradition byzantine : la construction de l’église de Preslav ainsi que de la ville de Preslav, l’ancienne capitale bulgare, fut inspirée du modèle de Constantinople, d’un côté, et, de Daphné, de l’autre18.

14La peinture médiévale slave est le fruit d’un syncrétisme spirituel fortement marqué par la religion chrétienne et le rite orthodoxe byzantin. Les peintres médiévaux dont les fresques ornaient les murs des monastères grecs, bulgares, serbes ou russes appartenaient aux courants artistiques développés dans les territoires du Commonwealth byzantin. Cet héritage spirituel gréco-byzantin a activement participé à la constitution des représentations culturelles et religieuses chez les Slaves du Sud et les Slaves de l’Est. Avec le temps, cette empreinte artistique devint une empreinte identitaire.

4. Les représentations littéraires byzantines

15On peut dire que la religion chrétienne et la littérature qui l’accompagne constituent les sources les plus importantes dans la formation des identités slaves. Grâce au travail ardent des deux apôtres Cyrille et Méthode originaires de Thessalonique la culture byzantine se propage dans le monde slave en atteignant la Pologne et la Rus’ de Kiev. Les deux frères ont non seulement coordonné le processus d’évangélisation des peuples slaves, mais ils ont également contribué à la création du premier alphabet slave et à la traduction des écritures saintes. La traduction de la Bible et des textes sacrés en vieux slavon a permis que la tradition et la culture, inspirées par le rite oriental orthodoxe, pénètrent plus facilement dans les pays slaves. C’est ainsi que les voisins de l’empire byzantin furent entièrement intégrés au modèle religieux qui deviendra aussitôt le fondement de leurs identité collective. Au cours des Xe et XIe siècles, on note déjà la construction  des premiers monastères chez les Bulgares et les Russes; la fondation des premiers cénobites au Mont Athos marque également le début de la vénération de ce lieu sacré pour l’orthodoxie byzantine. Le monastère serbe Chilandar fut construit au Mont Athos en 1198. C’est ainsi que la littérature serbe sacrée de l’époque du haut Moyen Âge fut inspirée par l’importance spirituelle de ce lieu prestigieux pour le monde byzantino-chrétien19. Mais la littérature profane ne fut pas non plus épargnée des influences du style propagé depuis Constantinople : les belles-lettres serbes et slaves en général possédaient déjà les traductions ou les adaptations des romans héroïques, comme celui d’Alexandre le Grand, ou bien le roman religieux de Barlaam et Ioasaphe, etc.20

5. Le cérémonial byzantin

16On constate également que le cérémonial de la cour des rois et des empereurs serbes reflétait le même type de syncrétisme : à part les cérémonies instaurées sous l’influence byzantine, la cour serbe garda une certaine originalité marquée par sa propre culture ainsi que son positionnement géostratégique. C’est ainsi que le premier roi de Serbie Etienne (Stefan Prvovenčani Nemanjić) fut couronné en 1217 par le Pape de Rome tandis  que son frère Saint Sava obtint de Byzance deux ans plus tard, en 1219, l’autocéphalie de l’église orthodoxe serbe. Le même type de contradiction culturelle se distingue au moment de la proclamation de l’Empire serbe le 16 avril 1346 où le tzar Stefan Dušan devintl’Empereur des Serbes et des Grecs  sans avoir entièrement adopté toutes les habitudes cérémonielles byzantines. Pourtant,  les souverains serbes vont utiliser le titre de byzantin impérial αυτοκράτορ, et dans leur cour impériale, ils auront des logothètes ainsi qu'une version serbe de porphyrogénètes qui représente la dynastie des saints ou la светороднадинастија21.

17Cependant, l’exemple de l’empereur bulgare témoigne en faveur de la culture byzantine qui a imprégné la vie à la cour bulgare. Kalojan, le premier empereur du Second empire bulgare continua à suivre le modèle culturel et cérémoniel instauré dans le pays depuis quatre siècles à l’époque de Siméon le Grand (893-927). Cela s’explique, d’une part, par le fait que Siméon fut élevé à Constantinople et, de l’autre, par les circonstances historiques pendant lesquelles la Bulgarie fut une province byzantine entre les XIe et XIIIe siècles. Même si Kalojan obtint son titre rex Bulgarorum et Blachorum du pape Innocent III à la veille de la quatrième croisade, les cérémonies royales ainsi que l’organisation territoriale restèrent essentiellement byzantines. C’est ainsi que les titres pour les fonctionnaires et l’aménagement administratif garderont les noms grecs (par exemple, le nom χώραcontinue à être utilisé pour les régions).

18La cour slave qui s’est également constituée sous l’influence byzantine, marquant l’époque d’après la chute de l’empire byzantin, fut la cour russe. Les liens historiques, religieux et politiques furent tissés pendant des siècles entre les deux cours. Les contacts culturels prestigieux qui ont lié les Russes aux Byzantins furent le fruit des démarches politiques menées à la fois par l’Église et la Cour russes22.En 1460, l’archevêque de Moscou proclama que la chute de Constantinople avait été la punition de Dieu à cause de l’union des églises effectuée à Florence en 1439. Dans la lettre que le moine Philothée de Pskov adressa au début du XVIe siècle au grand prince moscovite Vassili III, il exprima sa vision politico-religieuse, en écrivant que l’empire de Vassili et l’église russe représentaient maintenant la puissante Troisième Rome et qu’il n’aurait pas de quatrième23. Après la chute de Constantinople, l’empire russe et l’Église russe deviendront les importantes références religieuses et culturelles pour le monde chrétien issu du Commonwealth byzantin.

19C’est ainsi que l’esprit byzantin continuera à vivre en Russie même après la chute de l’empire d’Orient. La tradition et la culture byzantine vont renaître au sein d’une nouvelle société24.Elles vont marquer de leur empreinte non seulement la cour impériale russe, mais aussi l’Eglise. En 1472 Ivan III se maria avec la princesse byzantine Zoia Paléologue et s’attribua le titre d'empereur. Mais ce titre de tzar obtint le réel poids politique avec Ivan IV devenu empereur en 1547. Peu de temps après, en 1589 fut fondé le patriarcat russe. On peut dire qu’au cours de la deuxième moitié du XVIe siècle vont se développer les conditions aussi bien formelles qu’idéologiques qui permettront la création de la suprématie politico-religieuse russe préalablement exprimée dans l’idée de la Troisième Rome. C’est ainsi que les cérémonies et les armoiries  similaires à celles de Byzance vont voir le jour en Russie25.

20Pour conclure, on peut dire qu’un vaste espace situé entre la Russie au nord et la Grèce au sud, englobant plusieurs mers (Adriatique, Égée et Baltique) fut marqué de la culture et la tradition de l’empire oriental romain. Pour le monde slave, Byzance joua un rôle prépondérant non seulement sur le plan politique ou religieux, mais également sur le plan culturel. L’héritage culturel byzantin est ancré dans les identités des peuples slaves marquant ainsi  le fond de leurs représentations culturelles.

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Notes

1 Георгије Острогорски, Историја Византије, Београд, 1996,

2 Le terme est instauré par l’historien russe Dimitri Obolenski; le Commonwealth byzantin sous-entend tous les pays exposés aux influences culturelles et politiques de l’empire byzantin (à part les pays slaves, il faut ajouter également la Hongrie, les pays du Caucase et de l’Eurasie). Voir : Димитри Оболенски, Византијски комонвелт, Београд, 1996, 5-8.

3 Д. Оболенски, Op. cit. 327-329.

4 Fernand Braudel, La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II, Paris, 1949, 98, 566.

5 Д. Оболенски, Op. cit. 333-335.

6 Д. Оболенски, op. cit. 377-378.

7 Димитрије Богдановић, Српска књижевност на путевима самосталног стварања, in: Историја српског народа I, Београд, 2000, 322-323.

8 Cf. Срђан Шаркић, Аутономија (αυτονιμία) у средњовековном српском праву, Зборник Матице српске за класичне студије, број 10, Нови Сад, 2008, 201.

9 Димитрије Богдановић,  Душаново законодавство, in: Историја српског народа I, 557-566.

10 Д. Оболенски,op. cit, 379-381.

11 Памтяники русского права, прир. С. В. Юушков, Москва, 1952, 237-244.

12 Manolis Chatzidakis, Aspects de la peinture religieuse dans les Balkans (1300-1500), Études sur la peinture postbyzantine, London, 1976, II, 178.

13 M. Chatzidakis, op. cit, II, 178, Andre Grabar, Vizantijska umetnost srednjega veka (od VIII do XV veka). Umetnost u svetu. Istorijske, religiozne i društvene osnove, Novi Sad, 1996, 10-12.

14 Виктор Лазарев, Историја византијског сликарства, Београд, 2004, 14.

15 Ibidem.

16 M. Chatzidakis, Op. cit, II, 179-189.

17 Гордана Бабић-Ђорђевић, « Класицизам доба Палеолога у српској уметности», inИсторија српског народа, tome I, 476-496.

18 A. Grabar, op. cit, 96-97. M. Chatzidakis, op. cit, II, 189.

19 The Legacy of Saints Cyril and Methodius to Kiev and Moscow, proceedings of the international congress of the conversion of Rus’ to Christianity. Thessaloniki 26-28. November 1988, Edited by Anthony-Emil N. Tachaios, Thessaloniki, 1992; Д. Оболенски, op. cit, 164-182, 350-375.; Димитрије Богдановић, Српска књижевност на путевима самосталног развоја, Историја српског народа I, 328-341; исти, Књижевност у знаку Свете Горе, Историја српског народа I, 603-617; Harvard Ukrainian Studies, Volume XII\XIII. Proceedings of the International Congress Commemorating the Millennium of Christianity in Rus’-Ukraine, Cambridge, 1990; Ihor Ševčenko, Byzantium and the Slaves in letters and culture, Cambridge-Napoli, 1991; A. de Vicenz, The Moravian Mission in Poland Revisited, Harvard Ukrainian studies Okeanos, volume VII, Cambridge, 1983, 639-654.

20 Дејан Михаиловић, Византијски круг, Београд, 2009, 16, 157-159.

21 Франсис Дворник, Словени у европској историји и цивилизацији, Београд, 2001, 185-189. ; Voir aussi Bohumila Zástĕrová, Un témoignage inaperçu, relatif à la diffusion de l’idéologie politique byzantine dans le milieu slave au 9e siècle, Harvard Ukrainian studies Okeanos, volume VII, 690-700.

22 I. Ševčenko, Op. cit, 168-171.

23 Д. Оболенски,Op. cit, 436-437.  

24 Константин Леонтјев, Византинизам и словенство, Београд, 1994, 20.

25 Д. Оболенски, Op. cit, 438; I. Ševčenko, Op. cit, 168-171.

Pour citer cet article

Boris Stojkovski (2012). "Les représentations culturelles byzantines et les identités slaves". Revue du Centre Européen d'Etudes Slaves - Représentations identitaires et religieuses slaves | La revue | Numéro 1.

[En ligne] Publié en ligne le 19 avril 2012.

URL : http://etudesslaves.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=300

Consulté le 24/09/2017.

A propos des auteurs

Boris Stojkovski

Boris Stojkovski est maître assistant au département d’histoire à l’Université de Novi Sad, (Serbie). Il obtient sa licence d’histoire en 2005 et son master en 2008. Actuellement, Boris Stojkovski rédige sa thèse de doctorat portant sur L’histoire ecclésiastique de Srem au Moyen Âge. Ses centres d'intérêt sont l’histoire ecclésiastique de Srem et de laHongrie médiévale, l’histoire de la Méditerranée médiévale, l'histoire de Byzance et ses relations avec le monde slave et la Hongrie, l'histoire de l’islam et les relations entre le monde musulman et l’Europe de Sud-ouest au Moyen Âge. Il a publié plus de 20 articles dans des revues serbes, slovaques et hongroises. Il est membre de la Société des études antiques de Serbie et de la Société scientifique des Hongrois de Voïvodine. Travaux : Боландистичко житије Светог Андроника, Култура полиса, година VII, број 13/14, Нови Сад, 2010, 67-73. ; Правни положај муслимана у средњовековној Угарској, Зборник радова Правног факултета, XLIV, 1/2010, Нови Сад, 2010, 171-179. ; Помен Петроварадина у '΄Εκθεσις χρονική из XVI века, Зборник радова Византолошког института, 47, Београд, 2010, 291-299. ; Középkori Délvidéki adatok а Dubrovniki (Raguzai) levéltárban, A Magyar tudomány napja a Délvidéken, Újvidék, 2010, 232-238.; Павлини у Срему у средњем веку, Истраживања 21, Нови Сад, 2010, 117-124. ; Прилози етничком и верско-идеолошком каратеру покрета Цара Јована Ненада, Извори о историји и култури Војводине. Зборник радова 2, Нови Сад, 2010, 33-44. ; OneLittleKnownDocumentConcerningtheAnglo-HungarianRelationsinthelateXVthCentury, Годишњак Филозофског факултета у Новом Саду, XXXV-1, Нови Сад, 2010, 207-215. ;Подаци из Црквене историје Саламинија Хермија Созомена као извор за рану хришћанску историју Сирмијума, Konštantínove listy, roč. 3/2010, Nitra, 2010, 1-10. ; Студенти из Срема у Падови, Бечу и Кракову у средњем веку, Споменица Историјског архива Срем, 9, Сремска Митровица, 2010, 111-120.


Illustration numéro 01

Numéro 1 - Représentations culturelles et identitaires slaves

Le premier numéro de la Revue du CEES est consacré aux actes du colloque international et interdisciplinaire organisé par le Centre Européen d’Etudes Slaves du 1er au 3 décembre 2010 à la MSHS de l’Université de Poitiers.



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ISSN électronique : 2274-7397

Dernière mise à jour : 16 mars 2017

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