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Les encadrés prépositionnels dans les dictionnaires français-polonais

frPublié en ligne le 15 avril 2019

Par Witold Ucherek

Résumé

L’article porte sur neuf notes encadrées accompagnant des articles prépositionnels et provenant de cinq dictionnaires récents français-polonais de taille petite ou moyenne. L’étude porte principalement sur la pertinence de l’information et sa répartition entre l’article lexicographique et l’encadré correspondant. La conclusion générale est que dans ce cas précis, le grand potentiel informatif des encadrés n’est pas toujours suffisamment bien exploité : tantôt ils sont redondants par rapport aux articles, tantôt ils contiennent des informations qui auraient dû figurer dans ceux-ci. En outre, certains de ces encadrés seraient plus utiles dans la partie polonais-français des dictionnaires examinés.

Abstract

The paper analyses nine boxed texts complementing the entries devoted to prepositions, taken from five recent French-Polish dictionaries of small or medium size. The main problem is the pertinence of lexicographic data and their distribution between the lexicographic entry and the corresponding text box. A general conclusion is that, in this particular case, the big informative potential of text boxes is not always exploited well enough : sometimes they are redundant in comparison to the entries, sometimes they contain information which should have been given in the entry. Besides, some of them would be more useful in the Polish-French part of the examined dictionaries.

Introduction

1Il est généralement reconnu que les prépositions, qui ne se correspondent pas dans différentes paires de langues, posent d’importants problèmes à l’apprentissage d’une langue étrangère1. En particulier, les prépositions polonaises constituent un des talons d’Achille des apprenants allophones, les francophones y compris2, alors que, comme le démontre notre expérience d’enseignant, les prépositions françaises sont à ranger parmi les catégories qui causent les plus grandes difficultés aux apprenants polonophones3.

2A. Gethin et E. Gunnemark évoquent à ce propos des dictionnaires qui comparent l’anglais et l’espagnol, l’italien et le suédois, et observent que souvent, un équivalent prépositionnel donné comme fondamental ne peut pas être utilisé dans la traduction de phrases visiblement très simples4. Il n’est donc pas étonnant que les lexicographes bilingues cherchent de nouveaux moyens pour sensibiliser les usagers de leurs dictionnaires aux contrastes dans le domaine des prépositions.

3C’est ainsi que, depuis le début du siècle, dans certains dictionnaires bilingues français-polonais polonais-français, on a pu voir apparaître des notes encadrées à contenu métalinguistique, censées apporter des éclaircissements sur l’entrée et/ou sur ses correspondants dans l’autre langue. Dans cet article, nous nous donnons pour but d’examiner quelques encadrés tirés de ces dictionnaires sous l’angle des informations relatives aux prépositions ; nous réfléchirons sur la pertinence des informations retenues ainsi que sur leur finalité.

1. Petit aperçu des encadrés métalinguistiques dans les dictionnaires français-polonais

4Les encadrés métalinguistiques apparaissent dans trois dictionnaires Pons : le Szkolny słownik francusko-polski, polsko-francuski Pons (2006), leWspółczesny słownik francusko-polski, polsko-francuski Pons (2007) et le Praktyczny słownik francusko-polski, polsko-francuski Pons (2011)5 ainsi que dans le Duży słownik polsko-francuski, francusko-polski de Langenscheidt (2008) et le Sprytny słownik francusko-polski, polsko-francuski publié par Lingea en 2010. Ainsi – et c’est plutôt atypique –, les encadrés correspondant à l’objet de notre analyse ont été relevés dans des dictionnaires de taille assez réduite, ne dépassant pas 60 000 à 70 000 entrées pour les Langenscheidt6 et Pons (2007, 2011), et n’atteignant que 33 000 à 45 000 entrées dans le Lingea et le Pons de 2006, que l’on peut considérer comme des dictionnaires de poche.

5Concernant le public cible de ces cinq dictionnaires, le Langenscheidt se veut bidirectionnel : dans son avant-propos, l’éditeur affirme qu’il « constitue [...] une aide précieuse dans la communication en polonais et en français » (p. 5). L’introduction du Lingea nous apprend que c’est un ouvrage monodirectionnel adressé avant tout aux élèves et étudiants polonais. Les Pons ne précisent pas le public visé, mais la langue et le contenu de leur paratexte ainsi que certaines particularités de leur microstructure permettent d’affirmer qu’ils sont destinés en premier lieu aux polonophones7. Enfin, tous les encadrés métalinguistiques relevés – dont ceux du Langenscheidt, dont la bidirectionnalité n’est manifestement que partielle – sont rédigés en polonais, ce qui indique clairement le public visé. Pour évaluer le contenu des encadrés, nous adopterons donc la perspective des polonophones.

6Les  dictionnaires Pons identifient les encadrés qu’ils considèrent comme linguistiques par un point d’exclamation (cf. Pons 2006), éventuellement accompagné de la mention « Gramatyka » (cf. Pons 2007 et 2011)8, la grammaire y étant comprise de façon très large, comme un synonyme de linguistique. Il y en a dix-sept dont onze pourraient être qualifiés de grammaticaux au sens étroit du terme ; quatre encadrés sont purement lexicaux, deux autres portent sur l’orthographe. Le Lingea adopte également une subdivision de ses 160 encadrés, dont aucun n’est culturel, en les marquant par trois symboles différents : ≈, i et ≠, dont la signification n’est du reste expliquée nulle part. Apparemment, le signe d’approximation ≈ accompagne les encadrés portant sur des mots français de sens voisin (par ex. poitrine et seins ou plan et projet), le symbole ≠ marque les encadrés qui renseignent sur des mots semblables, mais de sens différents (par ex. raccommodage et raccommodement), dont certains sont paronymes (par ex. donateur et donataire) ou homophones (par ex. balade et ballade), et le i identifie les encadrés précisant le sens de l’entrée et mettant en garde contre les faux-amis. Cependant, les informations liées à des prépositions se retrouvent dans des encadrés de chacun de ces trois groupes. Le Langenscheidt ne classe pas ses 107 encadrés.

7Il est frappant de constater que les prépositions n’apparaissent que dans les encadrés de la section français-polonais des dictionnaires examinés, alors que les polonophones sont constamment confrontés à des problèmes d’emploi des prépositions françaises lors de l’encodage, si bien qu’ils pourraient s’attendre à un complément d’information aussi dans la partie polonais-français. Dans ce qui suit, nous passerons en revue seulement les encadrés strictement prépositionnels, laissant de côté les autres encadrés métalinguistiques, consacrés notamment à des verbes et des noms, et donnant parfois une information sur leur syntaxe prépositionnelle.

2. Contenu des encadrés reprenant une entrée prépositionnelle

8Neuf encadrés développent un article prépositionnel. Celui de la préposition à du Langenscheidt, de loin le plus volumineux, occupe deux fois plus d’espace que l’article correspondant, soit presque la moitié de la page du dictionnaire :

à

à + le = au

à + les = aux

Przyimek à ma wiele znaczeń i tłumaczy się na wiele sposobów.

lieu :miejsce:

habiter à Montréal mieszkać w Montrealu

habiter au Canada mieszkać w Kanadzie

être au travail być w pracy

temps :czas:

à 8 heures o godzinie ósmej

au Moyen Âge w średniowieczu

distance :odległość:

à 100 km de Lyon 100 km od Lyonu

appartenance :przynależność:

c’est à toi ?czy to twoje?

but :cel:

tasse à thé filiżanka do herbaty

par :na:

90 km à l’heure 90 km na godz.

avec :z:

femme aux yeux bleus kobieta o niebieskich oczach

à +inf :

je n’ai rien à faire nie mam nic do zrobienia

9L’encadré s’ouvre par une présentation des formes contractées susceptible d’intéresser un apprenant débutant ; traditionnellement, ces formes sont citées en tête de l’article. Viennent ensuite des informations qui expliquent que la préposition à a plusieurs significations et qu’elle se traduit de différentes manières, ce qui se voit pourtant déjà dans la construction de l’article ; cette explication n’est pas indispensable. En outre, dans l’article, les indicateurs sémantiques sont donnés uniquement en français, alors que dans l’encadré, ils sont accompagnés de leurs traductions polonaises (colonne de droite) ; bien entendu, le but de l’encadré ne peut pas consister uniquement dans la traduction de ce métalangage – pour renforcer la bidirectionnalité de l’ouvrage, il suffit de noter lieu/miejsce, direction/kierunek, etc. dans l’article même.

10Curieusement, les six contextes d’emploi de à distingués dans l’article (1. lieu ; direction, 2. temps, 3. but, 4. appartenance, 5. mode, 6. objet indirect) ne se recoupent que partiellement avec ceux de l’encadré : les deux derniers en sont absents, tandis que quatre autres (distance, par, avec, à + inf) sont ajoutés. Pour avoir une vision plus complète des correspondants de à en polonais, les deux groupes d’usagers, francophones et polonophones, sont contraints de lire aussi bien l’article que l’encadré et d’essayer d’en faire eux-mêmes une synthèse, en comparant les rubriques successives. Ceci complique leur tâche au lieu de faciliter la consultation du dictionnaire.

11Dans la première rubrique de l’article, on précise à juste titre que le à de localisation statique a pour équivalent w alors que le à directif, permettant d’identifier le lieu d’aboutissement, correspond notamment à do, cité en premier; dans l’encadré, l’emploi directif de à n’est plus mentionné. Concernant l’emploi temporel, un contexte à + heure est distingué aux deux endroits. De même, l’encadré contient un exemple d’emploi de à avec un nom de période, alors que l’article présente déjà l’exemple à demain – do jutra. On pourrait parler ici d’un emploi spécifique, dans lequel à participe à la construction des formules d’adieu, mais alors, il serait pertinent de signaler la distinction. Quant à la troisième rubrique de l’article, elle est tout simplement reprise dans l’encadré. Comparons : 3buttassef~ café filiżanka do kawy (article) vs but : tasse à thécel: filiżanka do herbaty (encadré). La fonction d’un encadré n’est pas d’ajouter des exemples, et encore moins des exemples quasiment identiques à ceux de l’article. Pareillement, le fait de citer dans l’encadré une construction exprimant l’appartenance (c’est à toi ?) et sa traduction est redondant par rapport au contenu de la rubrique 4 de l’article (4appartenancec’est ~ moi to należy do mnie; un ami ~ moi mój znajomy). Dans la cinquième rubrique, intitulée mode, on retrouve quelques syntagmes, dont certains sont libres et d’autres lexicalisés. Dans ce cas précis, l’encadré pourrait servir à avertir l’usager que les compléments de manière construits avec à sont souvent des constructions toutes faites, si bien que le choix d’un équivalent polonais de à dépend du contexte. La dernière rubrique de l’article, consacrée à la construction donner qqch. à qqn, a disparu de l’encadré, ce qui n’étonne pas vu que normalement, une préposition régie par un verbe devrait être citée à l’article de ce verbe et pas à l’article prépositionnel (à moins de vouloir donner une longue liste des verbes régissant à et de leurs traductions polonaises, ce qui n’est envisageable que dans un dictionnaire électronique).

12Seul l’encadré isole un contexte où à permet de communiquer la distance. Pourtant, dans la première rubrique de l’article, regroupant les emplois spatiaux de à, figure l’exemple à 20 pas d’ici – 20 kroków stąd, similaire à à 100 km de Lyon – 100 km od Lyonu, donné dans l’encadré, ce qui pourrait inspirer une réflexion sur les critères de distinction des contextes d’emploi. Dans ce cas précis, il est pertinent d’indiquer ce type d’emploi, car à est régulièrement rendu par o (ce qui n’est dit ni dans l’article, ni dans l’encadré) ou gommé dans la traduction, comme dans les exemples allégués. La distinction des trois autres contextes d’emploi de à est tout aussi pertinente dans une perspective contrastive franco-polonaise.

13Au total, les informations de l’encadré à en regard de celles de l’article nous laissent perplexe. Cet encadré est en grande partie redondant, puisqu’il reprend des contextes d’emploi déjà isolés dans l’article, se bornant à ajouter un ou des exemple(s). D’autre part, il cite d’autres contextes d’emploi, qui sont à la fois pertinents et absents de l’article. Tous ces types de contextes auraient dû être regroupés dans l’article, l’encadré, placé en-dessous, étant normalement réservé à de simples compléments d’information. Par exemple, si l’article distinguait un contexte où à est suivi d’un nom de moyen de locomotion (ce qui n’est pas le cas dans le Langenscheidt), on pourrait profiter de l’encadré pour expliquer aux polonophones pourquoi on dit à vélo/moto/cheval mais en voiture/bus/avion.

14C’est à peu près ce que le même dictionnaire tente de faire dans l’encadré accompagnant l’article dans. Loin de répéter son contenu, les auteurs se focalisent cette fois sur la concurrence entre dans et en :

dans czy en

Przyimka dans używamy w sytuacjach konkretnych:

dans la valise                                          w walizce

En używamy w znaczeniu bardziej ogólnym:

en France                                               we Francji

en Irlande                                               w Irlandii

en ce moment                                          w tej chwili

en mon nom                                            w moim imieniu

en la présence de Marie                         w obecności Marii

15L’explication donnée en polonais, que nous traduirons par ‘la préposition dans s’emploie dans des situations concrètes’, est assez maladroite. En effet, il ne s’agit pas de situations concrètes, mais plutôt de localisateurs concrets, qui ont des limites spatiales ; la valise en est un bon exemple et permet de comprendre l’intention communicative des rédacteurs du dictionnaire. Par contre, l’information que en s’emploie dans un sens plus général que dans est de loin trop imprécise. Ainsi, concernant les noms de pays, dans est également possible, et les facteurs décisifs sont d’ordre grammatical et sémantique9. Soit dit en passant, la concurrence à/dans/en devant un nom de pays est un bon sujet à exploiter dans un encadré. Ensuite, en ce moment peut être considéré comme une locution adverbiale, recevant un équivalent en bloc (cf. le dictionnaire des expressions idiomatiques de M. Słobodska10). Quant à la locution prépositive en la présence de qqn, elle semble vieillie ; sa forme moderne est en présence de11. Enfin, en mon nom est la forme pronominalisée de la locution prépositive au nom de ; un polonophone pourrait être intéressé par la différence entre en mon nom et à mon nom, qui est à traiter dans un encadré. Bref, les exemples d’emploi de en s’avèrent peu pertinents, soit parce que en y fait partie d’une locution, soit parce que, sous certaines conditions, il peut être substitué par dans. Pour fournir aux polonophones des indices plus fiables permettant de choisir entre dans et en, il serait préférable de spécifier davantage les contextes d’emploi et d’en choisir un (cf. encadré en, dans du Lingea) ou deux, car dans un dictionnaire de cette taille, il n’est pas possible de décrire tous les contrastes entre les deux prépositions. Par ailleurs, bien que l’encadré donne des exemples français suivis de leurs traductions polonaises, en réalité, il informe sur deux équivalents de la préposition polonaise w. C’est pourquoi il serait plus naturel de situer cet encadré dans la partie polonais-français du dictionnaire, où il accompagnerait l’article w.

16Dans une certaine mesure, le même problème se pose dans l’encadré du Lingea, placé après l’article devant (devantprép przed) :

devant, avant, il y a                                                                    ≈

Przyimek devant znaczy przed w odniesieniu do przestrzeni.

   Elle s’est assise devant moi.

Avant i il y a są natomiast przyimkami określającymi relacje czasowe. Avant używa się mówiąc o przyszłości.

   Je rentrerai avant minuit.

Il y a zaś odnosi się do przeszłości.

   Il est rentré il y a quinze jours.

17Même s’il existe des contextes dans lesquels devant doit être traduit autrement que par przed12, dans un dictionnaire de poche, il est suffisant de se limiter à l’équivalent de loin le plus fréquent et de proposer la correspondance devant → przed. Pourtant, l’inverse n’est pas vrai et c’est cela qui constitue le véritable objet de cet encadré, qui devrait accompagner l’entrée przed dans la partie polonais-français du dictionnaire. Autrement, seule l’information sur l’emploi spatial de devant y est pertinente. Le contenu du commentaire censé distinguer les aires d’emploi de avant et il y a temporels est le suivant : avant s’emploie quand on parle du futur alors que il y a se rapporte au passé. Or, dans la phrase Je rentrerai avant minuit, citée en exemple, c’est le tiroir verbal futur simple qui communique le futur, pas la préposition avant. Celle-ci exprime l’antériorité par rapport à un repère, en l’occurrence minuit. En fait, à ce niveau de généralité, il serait suffisant de dire à l’usager polonophone que lorsque przed peut être remplacé par temu (cf. przed dwoma dniami = dwa dni temu ‘il y a deux jours’), il a pour équivalent il y a, et que dans d’autres contextes temporels l’équivalent avant s’impose.

18L’encadré en, dans du même dictionnaire (il est situé après l’article en) fait penser au dans czy en du Langenscheidt, analysé plus haut. Toutefois, les rédacteurs du Lingea se limitent à l’emploi temporel des deux prépositions, et plus précisément à des contextes où elles sont suivies d’une unité de mesure du temps : Je rentre dans quinze jours → Wrócę za dwa tygodnie, Je pourrais le terminer en une heure → Mógłbym to skończyć w godzinę. L’explication en polonais est claire et les deux exemples, bien choisis, permettent de saisir les correspondances dans → za et en → w. Ce qui risque de dérouter l’usager non averti, c’est le manque de cohérence entre l’encadré et l’article en, qui, dans sa rubrique temporelle, donne l’exemple en dix minutes → za dziesięć minut ; vu les exemples présents dans l’encadré, on s’attendrait ici à l’équivalent w. Certes, dans un type très particulier de contextes (verbe perfectif, activité considérée comme future13), za est également possible, mais dans un dictionnaire de poche, c’est une erreur de proposer un cas atypique en guise d’exemple, c’est-à-dire une correspondance très peu fréquente au lieu d’un emploi régulier.

19Le Lingea fait également suivre d’un encadré l’article entre ; il caractérise les emplois spatial et temporel de entre, tout en comparant ce mot avec parmi. Si l’explication relative au sémantisme de parmi ne pose pas de problème, celle concernant entre pris dans son emploi spatial est moins évidente. Selon le dictionnaire, cette préposition permet d’indiquer la position de quelque chose entre seulement deux objets, l’expression entre amis étant une exception. Or, il ne manque pas de contextes où entre sert à localiser un élément parmi plusieurs objets, même si parmi est alors beaucoup plus fréquent ; entre est alors synonyme de parmi et au milieu de. En fait, entre et parmi spatiaux n’entretiennent pas de rapport de distribution complémentaire (deux objets → entre, plusieurs objets → parmi), comme le veut le Lingea, mais d’inclusion distributionnelle (deux ou plusieurs objets → entre, plusieurs objets → parmi). Ainsi, dans l’encadré, on opère une simplification ; elle semble toutefois acceptable dans un dictionnaire de poche, supposé répertorier les emplois les plus typiques. Autrement, cet encadré, intitulé entre, parmi, pourrait très bien figurer dans la partie polonais-français du dictionnaire, où son but serait d’élucider la concurrence entre les équivalents français des prépositions między, pomiędzy (‘entre, parmi’) et wśród (‘parmi, entre’).

20Le dernier encadré prépositionnel du Lingea – sauf, excepté, outre – est situé après l’article adjectival sauf, sauve, dans lequel sont fournis aussi des correspondants polonais du sauf préposition. L’encadré explique que outre a un sens additif (‘en plus de’), au contraire de sauf et excepté qui expriment l’exclusion d’un ensemble (‘à l’exception de’) ; la différence de registre entre ces deux prépositions aurait pu être signalée. Encore une fois, cet encadré serait très utile dans la partie polonais-français du Lingea. Il pourrait compléter l’article oprócz, qui ne signale pas la différence sémantique entre les équivalents sauf et outre, donnés à tort comme synonymes : oprócz sauf, outre.

21Les dictionnaires Pons consacrent l’un de leurs encadrés à la préposition chez, en précisant qu’elle signifie ‘au logis de qqn’, mais se combine aussi avec des noms d’endroits où quelqu’un travaille. Le tout est exemplifié par : Il y a une fête chez Paul → U Paula jest przyjęcie, Je vais chez le médecin → Idę do lekarza, Il va chez le dentiste → On idzie do dentysty et Elle va chez le coiffeur → Ona idzie do fryzjera (les trois derniers exemples se ressemblent trop ; autant noter Je vais chez le médecin/dentiste/coiffeur). Le choix de chez comme objet d’un encadré peut surprendre dans la mesure où les latitudes combinatoires de chez et de u, son équivalent de base, sont pareilles. L’unique contraste entre les deux langues tient au fait que dans son emploi spatial, chez est traduit par u seulement lorsqu’il exprime la localisation statique (Je suis chez Jean/le médecin → Jestem u Jana/lekarza) alors que dans son emploi adlatif (identification du lieu d’aboutissement), il doit être rendu par do (Je vais chez Jean/le médecin → Idę do Jana/lekarza), ce que les auteurs tâchent de signaler tant bien que mal même dans le plus petit de ces ouvrages (cf. chez przyim. 1 ~ nous u nas 2 je vais/rentre ~ moi idę/wracam do siebie). Ainsi, dans ce cas précis, l’apport de l’encadré se limite à fournir quelques exemples supplémentaires qui auraient pu tout simplement figurer dans l’article. Dans les deux autres dictionnaires Pons, le même encadré est entièrement superflu.

22Les dictionnaires Pons proposent encore deux autres encadrés pour développer les articles depuis et pendant. Leurs contenus sont similaires ; on apprend que pendant s’emploie à propos de ce qui est terminé (cf. J’ai été étudiant pendant 4 ans et maintenant je travaille, J’ai habité Paris pendant 10 ans, maintenant j’habite Londres) alors que depuis est utilisé pour parler des activités et états qui ont commencé dans le passé et qui continuent dans le présent (cf. Je travaille depuis 4 ans, J’habite Paris depuis 10 ans) ; visiblement, il s’agit du contexte où les deux prépositions sont suivies d’une unité de mesure du temps. Les contenus de l’article et de l’encadré consacrés à pendant ne sont pas harmonisés dans le Pons de 2006. En effet, dans l’article, l’unique équivalent proposé dans l’inventaire est podczas, mais dans les deux exemples qui suivent, apparaissent les correspondants w ciągu et w czasie. L’encadré ajoute przez à la liste d’équivalents.

3. Conclusion

23Les encadrés métalinguistiques sont relativement peu présents dans les dictionnaires français-polonais polonais-français. Nous en avons relevé dans cinq ouvrages de taille petite ou moyenne publiés dans la première décennie du XXIe siècle. Ils sont tous rédigés en polonais, ce qui indique le public visé, et situés uniquement dans la partie français-polonais de ces dictionnaires. Or, comme « l’utilisateur qui veut traduire dans la langue étrangère a plus besoin d’être aidé que celui qui fait une version »14, ils seraient probablement plus utiles dans la partie polonais-français.

24Neuf de ces encadrés accompagnent un article prépositionnel. Le choix des prépositions comme objet est entièrement justifié en raison du nombre des contrastes existant entre les deux langues dans ce domaine. Toutefois, vu la taille des dictionnaires et le public visé, de niveau débutant et intermédiaire, il ne faut pas s’attendre à ce qu’ils apportent une analyse plus approfondie des problèmes plus épineux. C’est ainsi que, par exemple, on y explique la concurrence entre depuis et pendant, sans toucher aux oppositions entre depuis, à partir de, dès et de, plus difficiles à cerner pour les polonophones et demandant donc une description plus détaillée15. Pareillement, certaines simplifications opérées dans les explications (cf. entre vs parmi) sont inévitables.

25Cependant, le contenu informationnel de la majorité des encadrés ainsi que leur rapport avec l’article correspondant devraient être repensés. Ainsi, les auteurs devraient tâcher de réduire la redondance au lieu de reprendre des renseignements donnés dans l’article. D’autre part, il ne faut pas perdre de vue que la fonction d’un encadré n’est ni de fournir un exemple supplémentaire, ni de distinguer un contexte d’emploi ou de proposer un équivalent omis sans raison valable dans l’article, mais de proposer un développement utile qu’il est parfois difficile de placer à l’intérieur de celui-ci, sa microstructure étant assez rigide. À ce propos, nous avons observé que dans certains cas, l’apport de l’encadré pourrait facilement être intégré à l’article, à condition qu’il soit bien construit. Par ailleurs, l’analyse des dictionnaires Pons a démontré que rédiger un encadré et le glisser dans des ouvrages de différentes tailles sans tenir compte du contenu des articles correspondants n’est pas une bonne solution, car si l’encadré complète en quelque sorte l’article dans le cas d’un petit dictionnaire, il risque de devenir redondant par rapport à l’article, nécessairement plus développé, d’un plus grand dictionnaire.

26Enfin, seuls deux encadrés (à, chez) se focalisent uniquement sur le mot-entrée alors que les autres le mettent en rapport avec un autre. Or, dans ce second cas de figure, les prépositions françaises comparées fonctionnent parfois comme équivalents d’une préposition polonaise, si bien qu’il serait plus utile de situer ces encadrés dans la partie polonais-français du dictionnaire ; le but de l’encadré serait alors de préciser les règles de choix de l’équivalent français de la préposition polonaise.

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Notes

1  Voir par ex. Piet Swanepoel, « Back to basics: prepositions, schema theory, and the explanatory function of the dictionary », in Fontenelle, Thierry et al. (éds), Euralex ’98 Proceedings, vol. 2, Liège, University of Liège, 1998, p. 655-666.

2  Voir par ex. Charles Zaremba, « L’information grammaticale didactique dans le dictionnaire bilingue », in Wawrzyńczyk, Jan (éd.), Bilingual Lexicography in Poland : Theory and Practice, Warszawa, Katedra Lingwistyki Formalnej Uniwersytetu Warszawskiego, 1995, p. 92-104, ou Anna Dąbrowska et Małgorzata Pasieka, « Przyimki przestrzenne w języku polskim jako hasło w Przewodniku po trudnych miejscach polszczyzny », in Adamowski, Jan (éd.), Przestrzeń w języku i kulturze, Lublin, Wydawnictwo UMCS, 2005, p. 137-148.

3  Voir aussi Aniela Łysik, « Typologie des fautes de français puisées dans les copies d’étudiants polonais », Romanica Wratislaviensia, no XVI, 1981, p. 205-214.

4  Amorey Gethin et Erik Gunnemark, The Art and Science of Learning Languages, Oxford, Intellect, 1996, p. 18.

5  Dans les trois ouvrages, le nombre et le contenu des encadrés sont identiques. Qui plus est, les Pons de 2007 et de 2011 ne diffèrent que par leurs paratextes.

6  Ainsi, contrairement à ce que laisse croire son titre, le Langenscheidt n’est pas un grand dictionnaire, mais un dictionnaire de taille moyenne.

7  Toutefois, leurs parties polonais-français incluent des encadrés culturels sur la Pologne, rédigés en français. Pour plus d’informations sur ces encadrés, se reporter à Witold Ucherek, « Les encadrés culturels dans les dictionnaires polonais-français et français-polonais », in Argaud, Évelyne et al. (éds.), Le proche et le lointain. Enseigner, apprendre et partager des cultures étrangères, Paris, Éditions des archives contemporaines, 2017, p. 227-236.

8  Les encadrés du Langenscheidt et du Lingea reprennent dans leurs titres le(s) mot(s) ou la construction sur lesquels ils portent. Dans ceux des Pons, tous intitulés de la même façon, ces formes sont toujours données en caractères gras, quelle que soit leur place dans le texte de l’encadré.

9  Voir Witold Ucherek, « L’influence de l’expansion du nom sur le choix d’un équivalent français des prépositions polonaises w et na introduisant un toponyme », Revue du Centre Européen d’Etudes Slaves [En ligne], no 6, mis en ligne le 25 janvier 2017, consulté le 04 avril 2018. URL : http://etudesslaves.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=1129

10 Mirosława Słobodska, Francusko-polski słownik idiomów, Warszawa, Delta W-Z, 2006.

11  Cf. Josette Rey-Debove et Alain Rey (dir.), Le Petit Robert, Paris, Le Robert, 2011, s.v. présence.

12  Cf. Eugeniusz Ucherek, Francusko-polski słownik przyimków, Warszawa-Wrocław, Wydawnictwo Naukowe PWN, 1997.

13  Cf. Eugeniusz Ucherek, op. cit.

14  Carla Marello, « Les différents types de dictionnaires bilingues », in Béjoint, Henri et Thoiron, Philippe (éds), Les dictionnaires bilingues, Louvain-la-Neuve, Aupelf-Uref – Éditions Duculot, 1996, p. 35.

15 Cf. Witold Ucherek, « O przydatności dydaktycznej przyimkowych artykułów hasłowych w słownikach polsko-francuskich na przykładzie temporalnego od », Orbis Linguarum, no 30, 2006.

Pour citer cet article

Witold Ucherek (2019). "Les encadrés prépositionnels dans les dictionnaires français-polonais". Revue du Centre Européen d'Etudes Slaves - Numéro 7 | La revue | Langues en contact.

[En ligne] Publié en ligne le 15 avril 2019.

URL : http://etudesslaves.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=1404

Consulté le 18/06/2019.

A propos des auteurs

Witold Ucherek

Witold Ucherek est maître de conférences à l’Institut de Philologie Romane de l’Université de Wrocław (Pologne). Il travaille au Département de Linguistique française et se spécialise dans les recherches contrastives français-polonais portant avant tout sur les prépositions et la lexicographie bilingue. Il est auteur du livre « Polskie ekwiwalenty tłumaczeniowe francuskich przyimków temporalnych z rzeczownikowym wykładnikiem aspektu » [« Les équivalents polonais en traduction des prépositions temporelles françaises contenant un nom aspectuel »] (Wrocław 2001) et d’une trentaine d’articles ; il a également dirigé ou co-dirigé plusieurs numéros de revues (voir la liste des publications en ligne : http://www.ifr.uni.wroc.pl/pl/nasz-instytut/pracownicy/88-dr-ucherek-witold.html).

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Numéro 7 - Le français à la rencontre avec les autres langues : Approches linguistiques, littéraires et culturelles

Le septième numéro de la Revue du Centre Européen d’Études Slaves contient les contributions issues de deux journées d’étude qui ont lieu le 25 juin 2016 et le 23 juin 2018 à la MSHS de l’Université de Poitiers. Soutenues par l’AUF, UFR Lettres et Langues et le laboratoire MIMMOC EA 3812, elles furent consacrées à l'étude interdisciplinaire  des langues et des cultures en contact abordant de nouvelles questions sur les emprunts, les transferts ou bien les problèmes de traduction. Ces deux manifestations scientifiques ont rassemblé des enseignants chercheurs de différentes universités européennes et fut inaugurées par S. E. Monsieur Darko Tanaskovic l'Ambassadeur de Serbie à l’UNESCO.



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Dernière mise à jour : 19 avril 2019

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