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L’expressivité émotivo-évaluative du parler des jeunes: étude sur corpus

frPublié en ligne le 31 mars 2019

Par Polina Ukhova

Résumé

L’article présente une analyse du potentiel axiologique du parler des jeunes français et russes effectuée à partir des données des corpus oraux et écrits français et russes. L’analyse des moyens linguistiques d’expression du contenu émotivo-évaluatif permet de repérer des unités lexicales ayant un trait de valorisation (ou de dévalorisation) stable, d’autres ne se chargeant que contextuellement d’une connotation axiologique aussi bien que des termes intrinsèquement instables dont la polarité dépend de l’univers idéologique du locuteur.

Abstract

B статье рассматривается оценочный потенциал сленга русской и французской молодежи на основе данных устных и письменный корпусов. Анализ лингвистических средств выражения эмоционально-оценочного содержания позволяет выявить лексические единицы, которые содержат оценочную сему в денотате, а также те, что приобретают оценочную коннотацию лишь в определенных контекстах или в зависимости от идеологических представлений говорящего.

Introduction

1Comme la langue est indissociable de la culture et de la société, elle doit être analysée comme révélatrice des valeurs culturelles propre à ses locuteurs, à leur modèle conceptuel du monde1. Un des aspects qui révèle le lien entre le monde environnant et l’homme est un aspect évaluatif. L’évaluation est « une espèce de catégorie du langage, une catégorie anthropocentrique: l’axiologie adhère si étroitement au logos qu’on ne peut l’en dissocier ; avant de viser l’impalpable de son for intérieur, on le découvre d’abord dans le discours 2». Elle est conditionnée « par la nature physique et psychique de l’individu, par son « être-là » et ses sensations, elle impacte la pensée, la perception et toute activité » [p. 5]3. L’objet de la présente recherche est le parler jeune, où se reflètent les réalias du monde de la jeunesse, leurs valeurs et attitudes envers des phénomènes, des choses et des événements de l’univers environnant. Ce parler représente un grand intérêt pour les chercheurs qui s’intéressent à la notion de « valeur » et aux moyens linguistiques de l’exprimer. Les jeunes ont leur propre manière d’interprétation de la réalité qu’ils mûrissent avant d’attribuer un jugement de valeur par rapport à tout ce qui se montre important pour leur personnalité linguistique collective.

2En parlant de la dynamique néologique et des fonctions de ce parler, un des paramètres qui mérite d’être évoqué est celui de l’expressivité propre à ses items. Il s’agit d’une expressivité particulière qui marque leurs discours en les distinguant surtout de ceux entre adultes, mais aussi entre banlieusards (à portée identitaire) ou entre collègues (jargon). C’est donc l’expressivité émotivo-évaluative qui sera abordée dans l’article.

3Pourquoi choisir cette appellation qui se base sur les notions « émotion » et «évaluation » qui ne semblent pas être du même ordre? Car l’objectif de tout énoncé évaluatif consiste à exprimer des émotions et des attitudes, c’est-à-dire, à féliciter ou blâmer, à flatter ou vexer, à recommander ou conseiller, à ordonner ou commander. Mais Stevenson (1985), en premier, Hare (1993) et Ayre (1996), par la suite, concluent que sa signification recouvre l’aspect pragmatique du discours, puisqu’elle est en rapport avec l’état émotionnel du sujet d’énonciation et avec le but énonciatif.

4Les jugements évaluatifs sont indissociables des états affectifs du locuteur. L'émotivisme permet ainsi d'expliquer la nature motivante des jugements de valeur – ils ont une force de motivation que n'ont pas les jugements de faits et répondent à l’usage dynamique de la langue4. Selon Stevenson (1985), les jugements évaluatifs sont destinés à avoir prise sur l’interlocuteur. Leur portée approbative n’est pas une expression d’une émotion dans le vide, elle a une intention de susciter une réaction émotionnelle ou un état psychologique chez le récepteur du message évaluatif. Il ne s’agit donc pas d’un aspect purement sémantique, mais pragmatique de la situation d’énonciation [Ibid.]. On connaît également la position de D. Hume (2002) qui analyse les valeurs en terme de réponses affectives. C. Plantin (2011), dans une approche résolument holistique, défend, sous la notion de construction argumentative des émotions, la thèse de l’inséparabilité des raisons et des émotions dans les discours argumentatifs ordinaires. P. Charaudeau (1992) affirme que l’évaluation est d’ordre affectif (son jugement repose non sur la raison mais sur l’affect). C. Kerbrat-Orecchioni (2002), quant à elle, oppose nettement l’appréciatif et l’affectif.

5Nous adhérerons à une approche « pondérée » en posant que l’évaluation peut se baser sur des critères rationnels ou émotionnels. Or, nous verrons par la suite que c’est l’aspect exclusivement émotionnel du parler jeune qui occupe le devant de la scène énonciative, car c’est un phénomène à fonction ludique et expressive. Il sera donc examiné à travers le prisme de l’émotion/l’affect, bien que ce ne soit pas une tâche aisée. C’est la nature même de l’objet qui est ici en cause. Les frontières entre ce qui serait de l’ordre de l’appréciatif, de l’évaluatif, de l’axiologique ou de l’affectif sont mouvantes et incertaines, car il s’agit de « phénomènes graduels, parfois intriqués, sensibles au cotexte et à l’extra-linguistique 5».

6Quant à la définition du terme « évaluation », nous retiendrons celle de R.M. Yakouchina (2003), qui la considère comme l’«attitude du locuteur envers un objet conditionnée par la reconnaissance ou la non-reconnaissance de sa valeur du point de vue de la conformité ou de la non-conformité de ses qualités à des critères d’évaluation prédéfinis» [p.6]6. Il est à noter que la catégorie linguistique d’évaluation est étroitement liée au terme logico-philosophique de valeur, d’où le besoin de souligner la nature cognitive des jugements évaluatifs. C’est grâce à cette activité évaluative, selon I.I. Krémikh (1986), que l’homme découvre le monde environnant [p.18]7. L’évolution est donc un acte psycho-intellectuel qui révèle une qualification positive ou négative d’un objet étudié conditionnée par la reconnaissance ou non-reconnaissance de sa valeur.

7Parmi les composants de la situation évaluative, E.M. Wolf (1986) distingue: 1) le sujet d’évaluation (explicite ou implicite) – un individu ou une communauté qui rend une évaluation possible; 2) l’objet d’évaluation – une personne, un objet, un événement ou un état de fait qui subit une évaluation. 3) une échelle de valeurs dont la structure montre des aspects subjectif et objectif de l’évaluation et prend en considération les relations établies entre le sujet et l’objet, aussi bien que les propriétés de l’objet-cible d’évaluation. Il est à noter que l’échelle de valeurs est étroitement liée à la notion de «norme » et régie par la confrontation avec les critères normatifs; 4) les stéréotypes, sur lesquelles se base l’évaluation dans les représentations sociales que possède le sujet évaluateur8.

1. Classification des jugements évaluatifs

8Il existe un grand nombre de critères de classification des jugements évaluatifs. Dans le cadre de notre étude nous nous baserons sur le critère global de leur division en positives (mélioratives) et négatives (dépréciatives), car nous sommes persuadée que la plupart des valeurs peuvent se réduire à cette dichotomie. La composante évaluative dans une vision du monde se caractérise par un large éventail de moyens d’expression linguistiques, à savoir : prosodiques, graphiques, lexicaux, stylistiques et syntaxiques. nous nous sommes inspirée des travaux de Akhmanova (1964), Eco (1972),Chmeliov (1973), Vinogradov (1977), Arnold (2002), Kerbrat-Orecchioni (1997), T.I. Vendina (1998), Chakhovski (2005), les uns affirmant que l’évaluation se réalise au niveau connotatif, les autres postulant qu’elle fait partie de la dénotation des lexèmes, afin de dresser notre classification des moyens linguistiques d’expression des jugements évaluatifs schématisée ci-dessous :

Tableau 1 : Moyens linguistique d’expression de contenu évaluatif

9Ce tableau nous servira d’appui pour l’analyse du potentiel axiologique du parler des jeunes français et russes que nous entreprendrons par la suite.

2. Présentation du corpus

10Le public choisi pour cette étude, celui des étudiants, semble être peu étudié. Il regroupe des jeunes de 18 à 23 ans qui ont été scolarisés et poursuivent au moment de l’expérimentation leurs études universitaires. Nous avons constitué deux corpus: un corpus oral, que l’on peut qualifier d’ « écologique » puisqu’il s’agit de 18 heures d’enregistrements de conversations spontanées entre étudiants de l’Université de Poitiers et 15h d’enregistrement de conversations entre étudiants de l’Université d’Etat Ouchinski (Iaroslavl, Russie) et de 30h d’enregistrements radiophoniques (nous avons choisi l’émission « Guillaume Radio 2.0 » sur NRJ, chaîne radiophonique française, et « РадиоАктивоеШоу » (« Show Radioactif ») sur l’« Europa Plus », chaîne radiophonique russe), ainsi qu’un corpus écrit, constitué à partir d’occurrences relevées dans les réseaux sociaux (Facebook.com, WhatsApp), représentatif de l’écrit oralisé9.

3. Analyse des différents types d'évaluation

11Nous illustrerons chaque position du Tableau 1 par les exemples des corpus oral et écrit français aussi bien que des corpus russes afin de confirmer notre hypothèse qui consiste à ce que le parler jeune est un phénomène évaluatif.

3.1. L'évaluation fonctionnelle

12Commençons par l’évaluation fonctionnelle. Ici, nous retrouverons des lexèmes qui donnent l’accès direct à l’axiologie, comme « cool », « nul à chier », « mimi », « chou », etc.

13La plupart des items ouvertement axiologique sont passe-partout. Ainsi, « cool » peut être utilisé par rapport à une personne, un film, une situation et être employé isolément en interjection :

14(1) C’est trop cool, en plus elle a l’air trop cool (OO73)

15(2) A:h ok cool bah vas-y bienvenu alors + on parlait des sujets qui fâchaient vos parents et tout qu’est-ce qui t’est arrivé toi (OR15)

16(3) C bon j'ai emménagé ! Et on a parlé avec la fille elle est trop cool ! Et pas chiante mdr c l'essentiel (ERS444)

17Dans le corpus russe nous repérons des lexèmes, comme «чмо», « днище », « детка », « отстой », «крутяк », «ништяк», «огонь»10:

18(4)Ты не говорила, что будет такой отстой (ПСС121)11.

19(5) Ей вон пишут , что она – отстой ))) (ПСС36)12

20Les items intrinsèquement axiologiques, tels que «mimi», «chou», que nous observons apparaître dans plusieurs champs sémantiques possèdent tout un éventail de nuances de sens à portée positive (doux, chaleureux, touchant, mignon, joli, adorable). En russe ce serait le cas des adjectifs «няшный » «мимимишный » dont les emplois à valeur méliorative s’avèrent nuancés (gentil, mignon, touchant, joli).

21Citons quelques exemples:

(6) J'ai dit écoute mon petit chou moi je peux pas y arriver ma pauvre femme de ménage doit être fatiguée (ERS445)

(7) Ben oui mais c'est tellement chou un petit bonhomme qui suce son pouce franchement (ERS448)

(8)En tout cas il est de la bonne taille nickel! Et vous êtes trop chou avec ta maman) (ERS 449)

(9) Ну, так ты – мой котик, значит, няшный (ПСС20)13.

(10) Меня ден домой привез только что))) он такой няшный!!))) (ППС47)14

(11) L1 Прикольная песня)))

L2 Да, няшная) я ее уже год почти каждый день слушаю (ПСС61)15

22Nous tenons à évoquer également des lexèmes à double polarité qui changent de force évaluative en fonction du contexte. Le lexème « chaud » serait représentatif, car classé dans les dictionnaires comme dépréciatif avec le sens d’un lieu dangereux ou d’une entreprise risquée. Cet emploi est observable dans l’exemple ci-dessous :

23(12)Je dit juste que ça doit être chaud d'avoir une meuf et pas le permis. Tu fais comment pour la déposer après avoir manger au domac à 23h? (EF82)

24Pourtant, la portée négative semblerait être relativisée ou même neutralisée dans :

25(13) Nooooon, c chaud!!!! Ahhhhaaaah je m’étouffe. (ERS446)

26Par contagion du contexte le caractère « difficile, dangereux » de la situation dont parlent les interlocuteurs provoque un rire, le fait ne se présente plus comme négatif, mais plutôt comme inattendu et surprenant. L’adjectif verlanisé « chanmé » sera notre dernier exemple ici. Il peut être utilisé soit comme un évaluatif dépréciatif (car provient de « méchant »), soit comme mélioratif, synonyme de « impressionant, appréciable » dans des contextes appropriés à portée positive :

27(14) Alors là, c’est grave chanmé, c’est quoi ces cernes.(ERS81)

28(15) hann c'est trop chanmé ce truc !!! je kiffe <3 (ERS452)

29Le lexème russe « дрищ » est également parlant. Dans des contextes à portée méliorative il fonctionne dans le sens «mince, svelte », dans d’autres, à portée négative, il acquiert une nuance dépréciative de «extrêmement maigre, anorexique, ayant un air maladif ».

30(16) Она ужасная, дрищ, и лицо как у брагинского агалья16 (ПСС302).

31(17) О, ты прям дрищ на этой фотке, красотка <3 (ПСС281)17

32L’item « задрот » désigne « une personne accro aux jeux vidéo » et par extension « une personne qui ne fait que travailler, qui ne pense qu’à ses études, ses devoirs maison ». En fonction du contexte il peut être employé avec une nuance d’autodérision ou de reproche :

33(18) Хотела сегодня, но мы до 17.30 проработали в библиотеке. Я -задрот)) (ПСС111)18.

34(19) Ты - задрот, пипец. С кем играл-то?Тебе не надоело ? (ПСС98)19.

35Le parler jeune se caractérise par le recours au lexique émotivo-évaluatif qui actualisé dans le dicours apparaît dans sa valeur absolue (du type bien/mal), comme «impec », « top », « génial », ou vient renforcer la portée générale des énoncés, en accomplissant la fonction d’intensificateur (soit amplificateur). C’est le cas des inflations créatives comme « au top », « de merde », « de ouf », « à mort », « à vie » , « ta mère », « ta race » (les deux dernières influencées par l’arabe) qui se sont routinisés. Voici quelques exemples :

36(20)L1ah bah voilà une bonne formation :D les stages c'est top! ;) (ERS424)

37(21) L2 MDDDDRRRRRRRRR chauvigny tu ma tuer a vie ptn de merde (ERS453)

38(22) [...] je paye euh (rires) un plat de ouf pour ça [...] (OO4)

39(23)Mais ptn tu me saoule a prendre ca a cœur tu ten bas les couilles a mort (ERS26).

40(24) je vais appeler je vais voir comment on peut faire ouais c’est ça ENCULE TA RACE (OO37).

41Nous observons la valeur intensifiante des éléments en question qui apparaissent soit auprès des verbes afin de renforcer leur portée positive ou négative, soit comme modifieurs de nom. En russe ce serait le cas de «жесть » (emploi métaphorique du mot standard «ferblanc»), « гемор » (au sens métaphorique de геморрой – hémorroïdes), «зачёт» (« validé » au sens figuré – «nickel», emprunt du domaine d’enseignement)20, qui accomplissent cette fonction d’amplificateur:

42(25) Жесть, вот пойдёшь так в клубешник оттянуться, тебя мочканут там!(ПФ3)21

43(26) Жесть, очень классная прога.(ПСС42)22

44(27) У пацана реально неплохо играет. По моему мнению, зачёт.(ПФ51) 23.

3.2. L’évaluation connotative

45En ce qui concerne l’évaluation connotative, nous ous aurons recours aux items qui sont initialement neutres, mais susceptibles de manifester un potentiel connotatif lors de leur actualisation en discours. Il s’agit avant tout des unités qui transmettent de nouveaux sens par le biais d’une image.

46Les moyens d’expression qui transmettent ce type d’évaluation seront analysés par la suite (les cas de métaphore, épithète, comparaison, allusion, ironie, euphémisme etc.).

3.2.1. La métaphore

47Commençons par des items métaphoriques qui transmettent un jugement de valeur. Le lexème « pavé » qui dans son sens propre désigne un «élément cubique de roche dure ou de béton, généralement destiné au revêtement des chaussées24 » est employé par les jeunes dans son sens familier, celui d’un « livre épais, article ou message long et compacté25 » par analogie de volume. L’item porte une nuance dépréciative et n’apparaît que dans des contextes qui visent la réalisation de l'acte de dépréciation :

48(28) J’ai envoyé un pavé à ma copine par sms, mais elle me répond toujours pas (ERS455).

49(29)Alors oilà, déjà désolée pour le long pavé, mais il est indispensable pour expliquer mon histoire. (EF72)

50Parmi les exemples russes, citons l’item « кидалово » qui signifie « une arnaque ou une situation délicate où la personne se sent trahie, embêtée, victime d’un acte malhonnête ». Il provient du verbe «кидать» dont le sens propre est « jeter, doubler ». Par le biais du transfert métaphorique le verbe acquiert le sens d’ « arnaquer » à valeur négative aussi bien que son dérivé. En voici un exemple d’emploi :

51(30) Ну, если там кто-то жил, то наверно это не кидалово. (ПСС209)26.

3.2.2. La comparaison

52Passons aux comparaisons qui ont également une valeur évaluative, car elles permettent au locuteur d’illustrer son propos et de ce fait, de renforcer la portée de son énoncé. Visant à partager le ressenti, le locuteur réussit à recréer des scènes vécues grâce aux comparaisons qui servent d’images d’appui et déclenchent des réactions émotionnelles chez le destinataire en mobilisant son imagination, comme dans les exemples suivants:

53(31) […]pa(r)ce que du coup t(u) sais ça faisait comme dans Mister Bean bah les gens ils pouvaient plu :s euh tu sais quand t(u) es en haut de l’ascenseur électrique bah (il) faut bien que tu marches pour sortir sauf que du coup ils pouvaient pas et du coup ils étaient coincés (rire) et ils tombaient comme des playmobiles (toux) (OO30)

54(32) Конечно, недовольное лицо сразу сделал и возмущался как какашка. (ПСС211)27

55Le recours aux comparaisons, comme à tout autre moyen d’expression à caractère implicite, exige une certaine connivence entre interlocuteurs pour que l’information transmise par le biais de l’image soit décodée. La comparaison sert également à établir des liens de solidarité.

56Dans l’exemple (30), le locuteur fait référence à un personnage prétendument connu afin de mettre en évidence le caractère ridicule de la situation d’une manière à la fois ironique et humoristique. Dans (31), la comparaison sert à provoquer une réaction émotionnelle de solidarité et de compassion de la part de l’interlocuteur tout en posant un jugement dépréciatif. Notons au passage, que « кака́шка » (qui provient de « какать », faire caca) est un item ambivalent et peut signifier dans certain contexte une personne drôle qui a de l’humour noir.

3.2.3. Les allusions

57Les allusions sont fréquemment utilisées par les jeunes, généralement à des fins ludiques. Ils mobilisent souvent des détails de la vie privée, des souvenirs partagés (comme dans (32) ci-dessous). Les jeunes locuteurs se servent des allusions afin de tourner en dérision la réalité souvent négative, ce qui fait que de tels contextes changent de valeur axiologique (comme dans (33)) ou font référence à de nombreuses sources, notamment littéraires, comme dans (34), afin d’expliciter la qualification attribuée et renforcer la portée de son jugement de valeur :

58(32) go arreter de lire je suis en russie c un signe mdmdmr on dirait laurine (ERS217)

59(33) c pire que gueule de bois avec la grippe que j'ai eu mdrrrr. On dirait homme des grotte (ERS240)

60(34) et puis dans le jury yavait une prof de francais tout sympa et discrete genre en mode elle attend son chevalier dans les livres de moliere fin bref elle était cool quoi (ERS112)

61Les jeunes russes font référence aux sources littéraires et mythologiques. Citons à titre illustratif, le lexème « cerbère » pour désigner un professeur sévère ou une femme sévère à l’accueil des résidences universitaires28. Le personnage de cerbère est donc évoqué afin de tourner en dérison la réalité négative et expliciter en même temps la qualification attribuée. Dans la mythologie grecque, le cerbère est le chien à trois têtes gardant l'entrée des Enfers est perçu par les jeunes comme une incarnation de sévérité :

62(35) Ну она самый цербер из всех преподов, готовтесь (ПСС142)29.

63(36) Цербер-то норм пропустила? Ничего не сказала?(ПСС213)30.

3.2.4. L’ironie

64Le recours à l’ironie est extrêmement fréquent et caractéristique du parler jeune. L’ironie permet de se moquer en détrournant la valeur habituellement admise aux termes qui change de polarité, l’effet étant basé sur un principe antithétique. Tout le contexte s’avère contaminé, les indices intonatoires ou mimo-gestuels sont donc nécessaires afin de décoder la portée ironique. Les rapports connivenciels et le vécu commun peuvent être également sollicités. A l’écrit les émotcônes et autres signes matérialisent les caractéristiques intonatoires et mimo-gestuelles de la communication de face-à-face et servent de marqueurs qui guident les interlocuteurs quant à la charge axiologique du message qu’ils viennent de recevoir (dans l’exemple (37) toute la phrase est pronocée d’un ton moqueur, dans (38) la question rhétorique renforce la portée ironique du message):

65(37) il était tard le soir eh+ eh j’avais rien à manger et tout et comme ça fait si pas longtemps que j’ai pas mangé de pain je fais + allez vas-y je vais + je vais chercher une baguette de pain donc j’étais partie pour QUARANTE centimes

66(38) J'adore ces rdv à 8h :D ils aiment pas dormir ou bien..?

67(39)Regarde mon frère ^^ j'adore comment il donne des nouvelles phrases courtes, pas de smiley, genre dégage :D

68Quant au système russe, prenons la série d’expressions où la tête/le cerveau/ le  mental est traduit par l’item « toit, plafond». Ainsi, « Крыша подтекает» (où «крышка» -plafond et «подтекать» - couler, fuir, fuite d’eau), « крышняк в пути, крышняк снесло» (littéralement, « le toit est parti ») signifient toutes «perdre la tête, devenir fou, faire le fou, être fou».

69(40) Зачем хоть она в лагерь поехала, если у нее крышняк в пути.(ПСС332)31.

70(41) А у него совсем крышняк снесло что ли? (ПФ66)32.

3.3. L'évaluation syntaxico-pragmatique

71Nous tenons à aborder par la suite l’évaluation syntaxico-pragmatique.Il s’agit de trois types de construction. Le premier type est celui dit « égocentrique » . Il s’agit des énoncés qui se caractérisent par une sorte de subjectification où le focus porte sur le for intérieur du sujet parlant. Le contenu se développe autour de l’attitude du locuteur (subjective), de son attitude envers l’interlocuteur (intra-subjective) et de son attitude vis-à-vis du flux et du contenu discursif. Les marqueurs discursifs qui sont fréquents dans de telles structures mettent également en relief ce développement pragmatique du discours vers des fonctions épistémiques:

72(42)là j’ai t- je suis en train de rentrer chez moi j(e) suis toute seule dehors mais genre j’ai TROP peur genre t(u) sais c(e) (n)’est pas une hist(oire) de genre ouai:s les esprits existent et tout ça n’a rien à voir avec ça mais alors genre là j’ai capté qu’on est dans un monde de fou et j’ai trop peur qu’il y ait un extraterrestre qui me tombe dessus (OO29)

73(43)Из семей я никого не уводила, в ночных клубах не дрюкалась, слухи про меня по городу не ходят!(ПСС274)33.

74Les énoncés cités ci-dessus illustrent bien une forte implication des locuteurs dans leur propre dire, aussi bien leur envie de partager le ressenti avec les interlocuteurs dont témoignent de nombreux éléments explicatifs à portée expressive (souvent introduits par des marqueurs discursifs comme genre). Il s’agit des scènes recréées à travers le prisme du cadre évaluatif de l’énonciateur. L’épisode vécu est recréé, mais il porte un empreint subjectif du locuteur. L’interlocuteur reçoit donc un produit (pré)évalué. Dans (43) le locuteur se présente comme un auto-évaluateur. Les éléments disloqués à valeur topicalisante font comprendre que l’évaluation se fait en comparaison avec un tiers et renvoie à un vécu commun avec l’interlocuteur afin qu’il valide le contenu du jugement posé.

75Le type objectif suppose le déplacement du focus sur l’objet d’évaluation, ses caractéristiques que le locuteur compare d’une manière implicite ou explicite avec la norme qui est établie en rapport avec son système de valeurs. En voici un exemple :

76(44) [...] e :t le mec mais vraiment huit ans j(e) te jure avec les lunettes et tout genre un gros boloss mais de la cité et le mec eu:h et il re- donc le - le gars il regardait ces deux gosses e :t un des deux il dit wesh t’es- qu’est-ce t(u)as à me regarder toi (OO27).

77Ici, le jugement de valeur à portée dépréciative est posé d’une manière explicite. Le marqueur discursifs « genre » introduit un élément qui indique la classe à laquelle l’objet appartient car possède certaines propriétés qualitatives prédéterminées de son représentant: un gros boloss. Le recours au discours rapporté (il dit wesh t’es- qu’est-ce t(u)as à me regarder toi) par la suite prouve d’avantage que c’est l’objet qui est au centre de la situation d’évaluation et démontre l’intention du locuteur de recréer son image pour que l’interlocuteur puisse imaginer la scène en question.

78Citons également un exemple russe où le jugement de valeur à portée méliorative est posé d’une manière explicite. Le lexique intrinsèquement axiologique («круто, ништяк») renforce la portée positive de l’énoncé.

7945) Круто, что он общается, не задротит. Он целый день сегодня с детьми. Так что пока все ништяк.(ПСС399)34.

80Le troisième type est prédicatif. Il s’agit d’exprimer un jugement de valeurs d’une manière implicite sans préciser de critères. Seul le contexte permet d’établir la charge axiologique de l’énoncé. Citons quelques exemples. Les lexèmes « Taré! », « Cinglé! », « Enfoiré! » peuvent être employés afin de poser un jugement évaluatif négatif (comme dans (46)) ; dans d’autres contextes ils vont traduire une émotion (une admiration ou une surprise) comme dans (47). Il est pourtant à noter que l’orientation axiologique ne change pas totalement. Compte tenu que le lexème «taré»  a une fonction injurieuse par définition, un «Taré!» admiratif garderait sa nuance familière et des associations négatives qu’il évoque chez les interlocuteurs, même s’il est actualisé en contexte valorisant :

81(46) «Les gens me prennent aussi souvent pour un taré car je préfère penser mathématiquement et scientifiquement, alors que ses cassos pensent toujours […] avec leurs morales à deux balles!» (ERS457).

82(47) «120 km/h au lieu de 50! tu m'aurais dit 80, tu aurais été fou mais 120 t'es un taré»(ERS458).

83Nous retrouvons les mêmes cas de figure pour « connasse » :

84(48) Quelle connasse!Je peuw plus là voir même imaginer sa gueule de prêtresse la (ERS458)

85(49)L1 Tu sais ce que je suis en train de chercher sur google là ? Mdrrrr . Emmener quoi pour opération dent de sagesse L2Connasse ramène toi c'est tout (ERS459).

86Dans (48) le contexte contribue au décodage de la portée dépréciative de ce jugement d’évaluation (« je peux plus la voir, « sa gueule de prétresse »), dans (49) la portée négative de l’item en question est relativisée. Il est à noter que « tout axiologique peut être utilisé avec une valeur de solidarité, de même que tout nom peut prendre une valeur insultante dans le contexte approprié » (Lagorgette, 2002). Ici, ce qui compte, c’est la relation qui existe entre le sujet et l’objet de la situation évaluative. Le rituel a sa place dans ce type d'interactions verbales spontanées, où l'agression feinte marquant une forte proximité entre les locuteurs. Il s'agirait alors d'emplois détournés de certaines formes langagières qui dans toute autre circonstance communicative seraient interprétés comme accomplissant un acte d’insulter, mais est ici tournée en dérision afin d'insister sur son exact contraire: de l’expression d’hostilité les jeunes passent au marquage d'une intimité. Les interlocuteurs sont proches et les séquences sont à charge affective:

87(50) L1 J’espere que tout roule pour toi. Bisous ma poule <3

88L2 Yep ! Bisous ma gueule ! (ERS460)

89Dans l’exemple suivant l’emploi des verbes « se ramener » et « fouiller » qui accompagnent l’évaluatif « salaud » pousse à qualifier cet énoncé comme dépréciatif :

90(51) Regarde c qui qui m'appelle?Je suis sûre il va se ramener pour fouiller nos apparts le salaud!!(ERS462)

91Nous pouvons également retenir des exemples d’axiologie mitigée où un des éléments porte une atténuation qui témoigne de l'attitude des locuteurs :

92(52) Vite qu’on se revoit mon petit salaud d’amour (ERS 468).

93Dans (52) il s’agit d’une attitude affective à portée quelque peu ironique, mais pas insultante. Soulignons que les déterminations adjectivales les plus fréquentes avec les emplois de solidarité (salaud, con, taré etc.) semblent être « petit » (comme le mentionnent Rosier et Ernotte 2000), qui orientent immédiatement ce type de constructions vers une interprétation de connivence. Dans tous ces cas de figure la contribution du contexte d'interlocution au sens large doit être prise en compte afin de décoder correctement la charge axiologique des énoncés. Le degré d’intimité peut être encore plus fort, au point que les interlocuteurs se permettent de mimer le conflit verbal violent. Dans ce cas-là, il faut que les participants de l’acte en question se mettent d'accord sur les modalités du jeu. Les exemples sont extrêmement fréquents. Citons quelques-uns à titre illustratif:

94(53) L1 C’est des chaussures de sécurité que ta mis ?

95L2 Mdrrrrrrr ouais pour te foutre un bon gros coup de pied au cul

96L1 T’es énerver se soir ? Ou bien ?

97L2 Non tkt ma poule (ERS461)

98(54) L1 C qui la grosse sur laphoto ha ha Je plaisante

99L2 Pas beau va :D :D :D :D

100L1 Passe de bonne fête un gros poutou (ERS469).

101La ponctuation symbolique qui matérialise le rire ( :D) qui rejoint les expressions comme «je plaisante», « non tkt ma poule » « passe de bonne vacances » donne des indices clairs de la portée voulue de cette violence verbale intentionnellement mimée.

102Parmi les exemples tirés du corpus russe, nous retrouvons les mêmes cas de figure pour «овца», «овечка», «свин», «козлик»35 qui sont de parfaits équivalents de « salaud » et « connasse» français que l’on voit apparaître dans des contextes tantôt valorisants, tantôt dévalorisants:

103(55) Да ладно? Пффф больная!! В гневе она овца Давай, держи меня в курсе.(ПСС2)36.

104Ici, la contribution du contexte est importante pour le décodage de la portée dépréciative du jugement d’évaluation (« больная », l’onomatopée « пффф » reproduisant le bruit d’un soupir d'agacement).

105Dans les deux autres exemples ci-dessous le recours aux termes d’affection comme « котик » (chaton), des marqueurs qui témoigne d’une humeur positive (ахах) y compris la ponctuation symbolique matérialisant la disposition du locuteur ( :D, <3), l’ajout de suffixe diminutive au terme initialement injurieux (овца - овЕЧКа) facilitent le décodage de la portée méliorative de solidarité des jugements de valeur:

106(56)L1 И я ещё была у Дани и пыталась ему мозг вынести безуспешно

107L2 Ааааххххааах :D :D :D овечка <3 (ПСС5)37

108Citons également un exemple du conflit verbal mimé à titre illustratif:

109(57)L1 твой принц на белом коне)

110L2 пошла на фиг... не смешно...а фотку я видела... меня не впечатлила..)))

111L1 бесчувственная тварь))) (ПСС18)38.

112Malgré l’emploi des items vulgaires comme «пошла на фиг », «бесчувственная тварь», «дура»39 la ponctuation symbolique qui matérialise les sourires ( )))) ) donne des indices sur la portée voulue de cette violence verbale qui est ici intentionelle.

113Passons aux moyens morpho-sémantiques. Quant aux préfixes, « hyper » et « super » sont parmi les plus fréquemment utilisés. Ils ont une valeur d’intensité et s’adjoignent aux adjectifs, aux adverbes et aux noms :

114(58) Et son mec il me regarde hyper mal […](OR1)

115(59) je suis super sensible a ce genre de merde... (EF351)

116Les deux préfixes accomplissent une fonction d’amplificateur et mettent en relief la charge de l’énoncé dans son ensemble. Dans le recours à la morphologie évaluative nous voyons le désir des jeunes locuteurs de partager le ressenti lors de la recréation des scènes vécues en les évaluant d’une manière expressive.

117Quant aux suffixes, ils peuvent être rajoutés à la base neutre et porter en eux seuls la charge évaluative (souvent péjorative), comme c’est le cas de « richard » (dans (60) ) où la portée dépréciative est d’avantage renforcée par l’intensificateur « de merde », ils se rajoutent également à la base non-standard pour renforcer la portée évaluative (dans (61) et (62) ):

118(60) Regarde cette vidéo, je t’envoie le lien. Quel gros richard de merde, celui-là.

119(61) La gêne à ce moment la, je suis passé pour un crevard :D

120(62)Je vois bien le crevard qui se pointe tôt le matin pour faire son petit tour de charognard et rafler tout ce qu'il trouve sans penser aux autres.

121Ce qui est intéressant de souligner ici, c’est l’emploi de « crevard » dans les deux contextes. Dans (61), même si le lexème a une valeur dépréciative, elle est relativisée par contagion du contexte. Le verbe « passer pour » qui atténue la portée et la ponctuation symbolique mimant le rire neutralisent ici la valeur d’insulte. En revanche, dans (62), sa valeur d’insulte est davantage renforcée par le contexte.

122Dans le système russe, nous repérons des préfixes гипер (hyper), супер (super), мега (méga):

123(63) Cказал, что сеcтра его - супертелка, всегда с парнями футбик смотрит, пиво пьет (ППС456)40.

124(64) Конечно! Было человек двадцать, прямо мегатусовка ! (ПСС432)41

125Dans le recours à la morphologie évaluative reflète la tendance du parler jeune à l’hyperbolisation à des fins expressives.

126Quant aux suffixes, les plus fréquents sont ceux qui ont une valeur péjorative et s’ajoutent tantôt à la base standard, tantôt au radical non-standard pour renforcer la portée dépréciative de l’énoncé (comme –ух, -ан, -ян). Prenons l’exemple de « грязнуха » formé à partir de la base standard «грязный» (sale). Suite à l’ajout de suffixe péjoratif l’item signifie « une femme de mauvaise vie, méprisable, avec une référence à la sexualité » :

127(65) Oн делает, как ему удобно, а тебе так совсем неудобно) принимать его у себя дома после всяких грязнух (ПСС427)42.

128Comme nous avons pu observer à travers de nombreux exemples, la plupart des items sont susceptibles de changer de polarité en contexte, ce qui nous amène à constater que le lexique du parler jeune comme tout axiologique est majoritairement ambivalent.

4. Conclusion

129En guise de conclusion, nous tenons à souligner encore une fois que la valeur évaluative est propre aux unités lexicales, pourtant elles ne fonctionnent pas isolément, elles acquièrent leur forme accomplie qu’au niveau de la proposition. Il est souvent souhaitable d’avoir même un contexte plus large pour pouvoir établir l’orientation axiologique de l’énoncé, puisque, comme nous l’avons constaté, tous les paramètres de la situation d’énonciation sont importants, à savoir: le sujet, l’objet, les critères d’évaluation et les aspects situationnels.

130Comme l’affirme V.I. Jelvis (1990) à juste titre, « si l’univers représente un continuum, tous les phénomènes de la réalité environnante sont continus, et par conséquent, toutes les significations d’un même mot le sont»43. Ainsi, les lexèmes à charge émotive se caractérisent par une ambivalence qui se retrouve dans un ensemble complexe de significations.

131Dans le cadre de cette recherche nous avons visé à confirmer notre hypothèse sur le caractère évaluatif du parler jeune qui devient une des caractéristiques distinctives. L’analyse effectuée a permis de montrer le potentiel émotivo-évaluatif de ses items qui ont manifesté dans de différents contextes une connotation humoristique, vulgaire, familière, péjorative ou ironique. Or, si certaines unités lexicales sont marquées de façon relativement stable d’un trait de valorisation (ou de dévalorisation), d’autres ne se chargent que contextuellement d’une connotation axiologique. Il existe également des termes intrinsèquement instables, par exemple ceux dont la polarité dépend de l’univers idéologique du locuteur. S’il est indispensable de prendre en compte le contexte, il ne suffit pas de se contenter de travailler sur des éléments contextuels artificiellement limités (quelques groupes de mots, phrases...). La visée pragmatique et la situation de la production du discours jouent un rôle déterminant44.

Bibliographie

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< https://www.dictionnairedelazone.fr/dictionary/definition > (consultée le 30 mai 2018).

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Кремих, Иван Иванович. «Оценка в лексической семантике » [Rôle de l’évaluation dans la sémantique lexicale], Парадигматические характеристики лексики, Москва, 1986, p. 18-34.

Стивенсон, Чарльз. « Некоторые прагматические аспекты значения » [Quelques aspects pragmatiques de la signification], Новое в зарубежной лингвистике; n°16, 1985, p. 129–154.

Якушина, Роза Михайловна. Динамические параметры оценки (на материале современного английского языка) [Paramètres dynamiques d’évaluation linguistique (en anglais contemporain)] кандидатская диссертация [thèse de doctorat], Башкирский государственный университет, (2003).

Notes

1 Арутюнова, Нина Давидовна., Язык и мир человека, [Langueetuniversdelhomme],  Москва, Языки русской культуры, 1999, 896. p.

2  Jankélévitch, Vladimir. Le paradoxe de la morale, Paris, Seuil, 1981, 187 p.

3  Арутюнова, Нина Давидовна., Язык и мир человека, Ibidem.

4  Стивенсон, Чарльз. « Некоторые прагматические аспекты значения, Новое в зарубежной лингвистике, [Quelques aspects pragmatiques de la signification], n°16, 1985, p. 129–154.

5  Jackiewicz, Agata. « Études sur l'évaluation axiologique : présentation », Langue française, vol. 184, 4, 2014, p. 5-16.

6  Якушина, Роза Михайловна. Динамические параметры оценки (на материале современного английского языка), [Paramètres dynamiques d’évaluation linguistique (en anglais contemporain)], кандидатская диссертация, Башкирский государственный университет, (2003).

7  Кремих, Иван Иванович. «Оценка в лексической семантике », [Rôle de l’évaluation dans la sémantique lexicale], in Парадигматические характеристики лексики, Москва, 1986, p. 18-34.

8 Вольф, Елена Михайловна. Функциональная семантика оценки, [Sémantique fonctionnelle du conditionnement évaluatif], Москва, Эдиториал УРСС, 2002, 280 p.

9  Les données « écologiques » ont été soumises à la transcription. Pour les données écrites nous avons respecté l’écriture attestée, avec la ponctuation, les erreurs d’orthographe et les fautes de frappe.

10  Trad. dans l’ordre d’apparition : cassos, trou du cul , bébé, nul à chier, cool, impec, le feu (= au top)

11  Trad. Tu m’avais pas dit que ça allait être aussi nul à chier.

12  Trad. T’as vu les gens disent comme quoi elle est nulle.

13  Trad. Oh mais c’est que t’es mon petit chat tout mignon.

14  Trad. Den vient de me déposer chez moi. Il est trop chou lui.

15  Trad. L1 Elle est cool cette chanson. L2 Oui, trop touchante, ça fait un an que je l’écoute pratiquement tous les jours.

16  Trad. Elle est juste horrible, tel un cure-dent, et puis sa tête de cassos de la cité

17  Trad. Comment t’es toute mince sur cette fois, une bombe.

18  Je voulais y aller aujourd’hui, mais on est resté à la BU jusqu’à 17h30. Je suis accro aux études.

19  T’es insupportable, on dirait un geek. Avec qui t’as encore joué ? T’en as pas encore marre ?

20  Trad. Purée (merde), galère, « validé /je valide/ pas mal, nickel.

21  Trad. Purée, genre tu vas en boîte pour te détendre, tu te fais tuer.

22  Trad. Bah purée, il est génial, ce logiciel.

23 Trad. Il joue plutôt pas mal. Perso, je valide.

24  Dictionnaire français Larousse in [en ligne] <  www.larousse.fr/dictionnaires/francais/pavé/58791?q=pav%c3%a9#58432 > (consultée le 30 mai 2018).

25  « Dictionnaire de la zone » in [en ligne] < https://www.dictionnairedelazone.fr/dictionary/definition > (consultée le 30 mai 2018).

26  Trad. En fait, s’il y avait quelqu’un qui habitait là-bas avant toi, pour moi c’est bon, ça veut dire c’est pas une arnaque.

27  Trad. Lui, direct il tire la gueule, bien sûr , et puis il commence à gueulait comme une merde.

28  En Russie, dans les résidences universitaires il y a toujours quelqu’un qui surveille à l’entrée. Sauf ceux qui y habitent et ont le pass peuvent rentrer.

29  Trad. Parmi tous les profs, c’est elle le cerbère, préparez-vous.

30  Trad. Alors, le cerbère ? Elle t’a rien dit, t’es rentré tranquille?

31  Trad. Quelle idée d’aller travailler dans une colonie de vacances, alors qu’elle est complètement folle, elle.

32  Trad. Mais lui il pète des câbles en ce moment, non ?

33  Trad. Moi, par contre, des mecs mariés j’en ai chopé aucun, jamais je me suis fait baisée en boîte, aucun ragot me concernant n’a jamais circulé en ville.

34  Trad. C’est cool qu’il communique, ne fait pas son geek. Il a passé toute la journée avec les enfants. Donc voilà pour l’instant tout est impec.

35  Trad. dans l’ordre d’apparition : « connasse », « petite pute » (< sens propre-brebis), connard (< sens propre – porc), salaud (< sens propre - bouc).

36  Trad. Sérieux ? Pfff, c’est une malade. Dis donc, elle est en colère, connasse. Bon vas-y, tu me tiens au jus.

37  Trad. J’ai été chez Den aussi, j’avais trop envie de lui casser les couilles, mais ça n’a pas marché.Mdddddrrrr :D :D :D petite connasse que tu es!

38  Trad. L1 Regarde, c’est ton prince sur son cheval blanc L2 Vas te faire foutre.. tu crois que c’est drôle. Puis j’ai déjà vu la photo, et ça m’impressionne pas du tout L1 Connasse insensible.

39  Trad. dans l’ordre d’apparition: vas te faire foutre, connasse insensible; t’es con.

40  Trad. Il a dit que sa sœur était une meuf super, genre elle regarde les matchs de foot avec les gars, boit de la bière.

41  Trad. Bien sûr! On était au moins une vingtaine, c’était une mega teuf.

42  Trad. Lui il fait ce qu’il veut en fait, mais ça correspond pas du tout à ce que toi tu veux, toi t’as pas envie de le voir chez toi après toutes ses sales putes qui avait fréquentées.

43 Жельвис, Владимир Ильич. Эмотивный аспект речи. Психолингвистическая интерпретация речевого воздействия, [Aspect émotif du discours. L’interprétation psycholinguistique des effets discursifs],  Ярославль, Изд-во ЯГПИ им. К.Д. Ушинского, 1990, 81 p.

44  Lagorgette, Dominique, Larrivée, Pierre. « Interprétation des insultes et relations de solidarité », Langue française, n°144, 2004, p. 83-103.

Pour citer cet article

Polina Ukhova (2019). "L’expressivité émotivo-évaluative du parler des jeunes: étude sur corpus". Revue du Centre Européen d'Etudes Slaves - Langues en contact | La revue | Numéro 7.

[En ligne] Publié en ligne le 31 mars 2019.

URL : http://etudesslaves.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=1312

Consulté le 17/08/2019.

A propos des auteurs

Polina Ukhova

Polina Ukhova est lectrice de russe à l’Université Bordeaux – Montaigne et doctorante en 3 année à l’Université de Poitiers (laboratoire FoReLL EA3816). En 2017, elle soutient sa thèse de doctorat portant sur Les caractéristiques sémantico- structurelles du parler des étudiants dans les linguocultures russe et française à l’Université pédagogique d’Etat Ouchinsky à Yaroslavl en Russie. Ses publications les plus récentes : Функциональная специфика дискурсивных маркеров в речевой практике студенческой молодежи [Les particularités fonctionnelles des marqueurs discursifs dans les interactions verbales entre jeunes], Верхневолжский филологический вестник. –2018.– № 3. Оценочный потенциал французского студенческого сленга [Le potentiel axiologique du parler des jeunes français] / П.С. Ухова// Иностранные языки в высшей школе. – Рязань, 2016. – Вып. 4(39). – pp. 17-25. Терминологические наименования социолекта учащейся молодежи [Variété terminologique du sociolecte des jeunes étudiants]//Верхневолжский филологический вестник. –2016.– № 2. – pp. 98-106.


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Numéro 7 - Le français à la rencontre avec les autres langues : Approches linguistiques, littéraires et culturelles

Le septième numéro de la Revue du Centre Européen d’Études Slaves contient les contributions issues de deux journées d’étude qui ont lieu le 25 juin 2016 et le 23 juin 2018 à la MSHS de l’Université de Poitiers. Soutenues par l’AUF, UFR Lettres et Langues et le laboratoire MIMMOC EA 3812, elles furent consacrées à l'étude interdisciplinaire  des langues et des cultures en contact abordant de nouvelles questions sur les emprunts, les transferts ou bien les problèmes de traduction. Ces deux manifestations scientifiques ont rassemblé des enseignants chercheurs de différentes universités européennes et fut inaugurées par S. E. Monsieur Darko Tanaskovic l'Ambassadeur de Serbie à l’UNESCO.



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Dernière mise à jour : 19 avril 2019

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